NOUVEAUTÉ ALBUM/ KENNY GARRETT/ SOUNDS FROM THE ANCESTORS

Le saxophoniste propose au début des années 80 une approche nouvelle de ce bel instrument qu’est l’alto. Avec un son reconnaissable et des explorations harmoniques très poussées, Kenny Garrett apporte un souffle nouveau. Avec ce nouvel album, l’altiste montre une fois de plus son attachement aux racines, le Blues le Gospel la Soul et la spiritualité héritée du Jazz Coltranien. L’album s’ouvre par un chant d’espoir, un motif simple au rythme envoûtant. De cette mélodie minimaliste le saxophoniste s’envole vers des improvisations chargées d’émotion. On entend sur « It’s Time To Come Home », les chants de l’Afrique et la quête de transcendance. En seconde plage, le saxophoniste rend hommage à l’immense trompettiste Roy Hargrove disparu il y a trois ans. Quel groove de la rythmique et des cuivres, l’alto de Kenny et la trompette de Maurice « Mobetta » Brown. Le thème est long 3 minutes pour 5’14 au total. La trompette met les bonnes notes et les fait bien groover, ce qui attise l’envie de voir un tel morceau être joué sur scène. Le titre suivant « When The Days Were Different » empli de Soul telle qu’on pouvait l’entendre dans les années 70, vous transmet une pêche phénoménale. On aurait vu ce morceau plus en fin d’enregistrement en guise de conclusion dans la joie et le bonheur. Les variations d’accords plus Jazzy du pianiste Johnny Mercier arrivent à point nommé. Le solo de Kenny respire le Gospel le Blues, que de bonnes ondes! « For Art’s Sake » se construit sur un flot de notes bien dense. Le florilège de percussions nous entraîne vers la danse. Le piano de Vernell Brown Jr. assez percutant, déroule un solo dynamique aux articulations Bop. Comme toujours dans les albums de ce saxophoniste, l’ambiance Coltranienne surgit toujours à un moment donné. Les salves de notes de l’alto sur le titre « What Was That », sont des tornades sonores exprimant la colère la révolte avec toujours une dimension spirituelle importante. La fin du disque est très dynamique, à l’image de l’intensité du jeu de batterie de Corcoran Holt Corcoran Holt Music sur « Soldiers Of The Fields ». L’énergie ne retombe jamais pendant les 11 minutes de cette composition, au cours de laquelle le saxophone et le piano font preuve d’un grand dynamisme. Enfin, le titre de l’album est un hommage à l’héritage des musiciens de Jazz de Blues et de Soul. « Sound Of The Ancestors » est une ode à la musique Africaine. Le rythme et le chant nous envoûtent. Kenny Garrett a écrit pour ce projet de belles mélodies en puisant dans les différents styles comme le Blues, la Soul, le Jazz Moderne ainsi que dans la musique traditionnelle Africaine. Ce que j’aime beaucoup chez le saxophoniste Américain, c’est que des morceaux groove proches de la Soul Funk côtoient des séquences très jazzy, où les phrases sont hautement sophistiquées.

NOUVEAUTÉ ALBUM/ SAMY THIEBAULT/ AWE !

Ce saxophoniste Français est sous le feu des projecteurs depuis quelques années. Avec son dernier opus »Awe », Samy Thiébault poursuit l’exploration des rythmes latins qu’il chérit depuis toujours. Ouverture du disque en compagnie du Fender Rhodes chaleureux tenu par Eric Legnini. Le trompettiste Américain Brian Lynch présent lors de cette session, développe un solo d’une grande fluidité. Le leader et saxophoniste laisse échapper de la fougue au moment du solo Sur « Bailando » le ténor est très énergique, frôle le Out avec un son qui traduit les ecorchures et la prise de risques. Sur le morceau « Chant du très proche », l’espoir infuse à partir des nappes de cordes qui se tissent sur un tempo punchy. Les directions de la mélodie me font penser par moments au thème « Speak Low ». Le thème suivant « The Sooner The Better » est introduit progressivement par des notes de piano traduisant le trouble. L’espoir arrive au fil du thème à la suite duquel la section rythmique joue avec grande spontanéité des rythmes complexes. La nostalgie se poursuit pendant le morceau « Lagrimas » au cours duquel le bandonéon croustille et la trompette adoucit l’ambiance. Avec « Blue Carnival » au rythme haletant, le pianiste Éric Legnini déroule un solo percussif aux flots intenses. « Jahan’s Song » est sans doute le plus grand morceau de l’album. Au groove lunaire des claviers et de la basse électrique, les riffs de cuivres se posent avec délicatesse. Les nappes de clavier installent profondeur et espace. L’optimisme et l’euphorie se dégagent de « Fire ». Le batteur appuie bien le groove ce qui laisse à Samy Thiebault tout le soin de s’échapper avec des phrases ciselées et denses. Éric Legnini est également éclatant sur l’impro de fin. Découvrons la magnifique voix de Yaite Ramos Rodriguez, sur le thème dansant « Alma Del Sur ». Le disque se termine par le titre « Wild ». Le groove est appuyé par une ligne de basse qui bouge bien, sur laquelle les nappes de cuivres scintillent. Entre couleurs harmoniques chaleureuses et rythmes captivants, le saxophoniste réussit à nous emmener en voyage vers la musique Sud Américaine.

NOUVEAUTÉ ALBUM/ HAROLD LAND/ WESTWARD BOUND!

Le saxophoniste né en 1928 est une figure importante du ténor pour le Be-Bop des années 50. Il aura également une place importante dans la période Hard Bop qui arriva par la suite. Nous avions découvert Harold Land sur l’album majeur intitulé « Clifford Brown and Max Roach », publié en 1954 chez Emarcy. Tout de suite, ce quintet vous entraîne avec un thème intitulé « Vendetta » au tempo ardu. Vous entendrez de suite la sonorité métallique de ce ténor, proche de Sonny Rollins, jouant des phrases solides faisant penser à Johnny Griffin. La trompette est tenue par Carmell Jones, musicien trop méconnu qui fait pourtant partie des grands jazzmen comme Donal Byrd, Freddie Hubbard ou Lee Morgan. Derrière les cuivres, le couple contrebasse batterie déroule un swing crépitant très entraînant. Le pianiste Buddy Montgomery dévoile son jeu influencé par les grands maîtres du Be-Bop. Sur « Beep Durple », thème à la structure classique en 32 mesures, vous savourerez la sonorité lumineuse du trompettiste Carmell Jones. Le thème « Happily Dancing » enjoué est une valse en trois temps dont la structure est assez particulière. Le premier A fait 16 mesures mais sur le second, on entend 17 mesures, avant de passer au pont qui fait 14 mesures. Seul le dernier A de 16 mesures est classique. La sonorité de Harold Land puissante influencera des saxophonistes comme Joe Henderson. Pendant le solo de saxophone, on entend bien les noires pointées du contrebassiste Monk Montgomery. Le trompettiste plus en finesse laisse échapper quelques envolées Bluesy. Bien que le pianiste Buddy Montgomery joue sans virtuosité son swing est bien chaleureux. Le groupe livre un Blues chaleureux « Triplin’ The Groove » au cours duquel sur un swing généreux, le saxophoniste n’hésite pas à mélanger les pentatoniques aux chromatismes Be-Bop. « Beau-Ty » a quelques accents orientaux rappelant « Night in Tunisia » écrit par Gillespie, où rythme binaire et ternaire se déroulent à tour de rôle. En plus de ces magnifiques compositions au carrefour du Be-Bop et du Hard Bop, Harold Land choisit quatre reprises. Il s’agit plutôt de morceaux cools comme « My Romance » avec des balais croustillants, « Autumn Leaves », la balade « Who Can I Turn To » . Le thème de Dizzy « Blue n’ Boogie » est exposé par les cuivres et la rythmique sur un tempo de folie. Le seul à prendre un solo est le batteur Philly Joe Jones. Ces prises live inédites du saxophoniste datant de 1962, sont une pépite de plus dans cette collection inépuisable d’enregistrements au cours desquelles, les improvisations fleurissaient sans cesse! Lorsque des musiciens aussi prestigieux se retrouvent ensemble, l’écoute ne peut être qu’extatique!

NOUVEAUTÉ ALBUM/ PAT METHENY/ SIDE EYE

Avant de présenter le dernier opus de Pat Metheny, je vous présente mes excuses pour l’erreur de présentation du 8 août dernier. Sans informations j’avais écrit que les sidemen étaient sans doute Antonio Sanchez et Gwilin Simcock. Le guitariste s’entoure pour cet enregistrement live, du pianiste James Francies et du batteur Marcus Gilmore. Le trio est une forme de combo qu’il apprécie particulièrement. En 1989, il enregistra le magnifique album avec Dave Holland et Roy Haynes, et revient aujourd’hui avec trois nouvelles compositions. « Lodger » rappelle beaucoup par ses accords et la direction mélodique le morceau « Travels » de 1983. Pat joue sur la guitare synthé au son saturé bien métallique et nous emmène sur les rives de la Folk et du Rock. La magie du guitariste donne souvent l’impression que le temps se suspend au fil de sa musique. « Zenith Blue » donne écho à l’empreinte stylistique de Lyle Mays, décédé en février 2020. La guitare mariée aux nappes des synthés fait éclore une alchimie sonore qui s’incrit toujours dans l’esprit du Pat Metheny Group. Pat parvient à nous aimanter avec ses phrases et sa sonorité de guitare synthé si particulière. Le clavier atteint un son lunaire apaisant qui crée l’ascension, jusqu’à une transe partagée entre guitare et claviers. Pour les autres morceaux, Pat reprend des grandes mélodies comme « Bright Size Life » « Sirabhorn », ses premières compositions. « Turnaround » blues qu’il affectionne particulièrement, il l’avait joué sur le disque « 80-81 » en compagnie de Mike Brecker. Ce live pourrait être une rétrospective. Il reprend également « Timeline », un blues qu’il composa pour Elvin Jones et qu’il enregistra avec lui, à l’occasion de l’enregistrement du saxophoniste « Time Is Of The Essence ». Le trio reprend « Better Days Ahead » la mélodie lumineuse et euphorique aux rythmes Sud Américains. Nous publions quelques lignes plus bas le commentaire de la composition d’ouverture. Certains pourront y voir l’hommage à l’immense Lyle Mays! Pat aime l’aventure tente de nouveaux arrangements et emprunte sans cesse de nouvelles voies dans l’improvisation!

Intitulée « It Starts When We Dissapear », le morceau en écoute est joué avec un rythme binaire effréné. On entend la cymbale frétiller, des nappes de synthé grincer et des accords de guitare au son chaud et grave. Les accords de la six cordes et ceux du clavier installent le décor harmonique d’où se lance le guitariste. Pat joue des notes de velours hautement lyriques. Les nappes de clavier se posent avec délicatesse à 3’29. Avec une rythmique galvanisée, la guitare joue une autre partie très mélodique à partir de laquelle le piano s’envole en solo. La technique, le placement les phrases sont absolument renversantes. Le morceau rappelle l’univers du Pat Metheny Group même si Lyle Mays manque énormément. Le guitariste démarre son solo sur une séquence bien Bluesy. Son toucher limpide et son discours basé sur une approche très chromatique lui permet d’aller où il veut. Après la fougue du solo de guitare le groupe tisse un climat apaisant jusqu’à la fin.

NOUVEAUTÉ ALBUM/ DENISE DONATELLI/WHISTLING IN THE DARK/

La vocaliste propose des arrangements d’une grande authenticité, sur des morceaux de Burt Bacharach. Mystère et climat trouble créés par la guitare et les claviers. Le disque commence par un tissu sonore lounge qui s’immisce rapidement sur le titre « Whistling in The Dark ». Les arpèges joués par Anthony Wilson et les nappes de clavier se fondent en toute finesse les uns avec les autres. Le premier morceau est très apaisant. Le producteur et bassiste Larry Klein donne au projet une touche Smooth, mélangée à de la Folk. « The Look of Love » est interprété dans le même esprit. La guitare a des sonorités proches du guitariste Bill Frisell. On entend dans le grain de voix de cette Jazzinger l’influence de Joni Mitchell. Le répertoire des chansons de Burt Bacharach instille un univers cool. Le pianiste Larry Goldings développe un solo très épuré où les espaces sont nombreux. La chanteuse poursuit l’exploration de cette musique raffinée et sensuelle avec « Toledo », où la guitare et le piano sont légers. Les compositions sont toujours écrites autour de motifs mélodiques accrocheurs comme « Walk on By ». Les musiciens proposent des reharmonisations et arrangements différents de la version originale. La mélancolie et la fragilité sont exprimées par la chanson « In The Darkest Place ». Le minimalisme musical se retrouve sur tous les morceaux de l’enregistrement. Vous entendrez des pointes Country sur le morceau « Mexican Divioce ». Le toucher d’Anthony Wilson est tout en légèreté. Les accords du piano sur le dernier morceau vous plongent dans les méandres de la douceur. Savant publie ce projet et puisqu’une touche de Smooth ne fait jamais de mal, cet enregistrement vous décontractera par ses arrangements et la voix agréable et reposante!

NOUVEAUTÉ ALBUM/ HARVIE S/GOING FOR IT

Le label Savant publie l’enregistrement d’un concert datant de 1985, au cours duquel le contrebassiste Harvie S est entouré du guitariste Mike Stern et du grand batteur Alan Dawson. Ce dernier joua entre autres avec les esthètes du Jazz Cool, Gerry Mulligan, Dave Brubeck ou Paul Desmond. Ce trio magnifique passe trois soirées consécutives dans un club de Cambridge. Jouer avec la légende de la batterie pendant trois soirs fut pour le contrebassiste et le guitariste, une merveilleuse opportunité. Celui qui enseigna à Tony Williams, Terry Line Carrington ou encore à Vinnie Colaiuta avait un jeu souple, que cela soit à la baguette et aux balais. Les trois jazzmen reprennent des standards du Jazz Moderne de John Coltrane à Chick Corea en passant par Horace Silver, mais aussi des thèmes plus classiques comme « Like Someone in Love », « On Green Dolphin Street », « Softly As In A Morning Sunrise ». Le trio vous séduira par un swing croustillant, des belles notes de contrebasse de guitare et une batterie chaleureuse. Sur le thème « On Green Dolphin Street », la guitare sonne comme du cristal. « Softly As In A Morning Sunrise » est pris à toute vitesse. Le solo de guitare à l’énergie Hendrixienne est une improvisation aux débits de notes très élevés. À la suite de ce solo de feu, le contrebassiste se retrouve tout seul et joue des doubles notes sans tenter dans un premier temps de phraser véritablement. Certains passages sont lyriques. La ballade d’Horace Silver « Peace » donne l’occasion de ponctuer ses phrases de voicings langoureux accompagnés d’un drive fin et d’une contrebasse qui tourne bien. Hommage à Coltrane avec la reprise de « Moment’s Notice », où la rythmique joue pied au plancher pour laisser Mike Stern lâcher ses phrases aux articulations chromatiques, typiques du Be-Bop. Mise à part la vélocité hallucinante, Mike aime bien rester sur un voicing pendant plusieurs mesures et s’évade par moments vers les aigus. La douceur du toucher de guitare sert à merveille la mélodie en trois temps de Chick Corea devenue un standard, « Windows ». A 1’15 la guitare pleure, les renversements d’accords alternent avec les motifs en single notes. Il part en double notes en quarte, l’interaction avec la batterie à 3’14 nous tient en haleine. « Bruze » la seule composition originale écrite par Mike Stern est un thème au tempo médium. Encore une fois vous partirez sur les voies du Swing. Les flots vous renverseront surtout quand Mike actionne la saturation à 3’41 et lance ses bends endiablés. Si Harvie S et Mike Stern avaient déjà joué ensemble, la rencontre avec Alan Dawson se fit quasiment sur scène, quelques instants avant de jouer. C’est un bœuf de très grande qualité que Savant à décidé d’immortaliser.

NOUVEAUTÉ ALBUM/ VOLUNTEERED SLAVES/SPACE SHIP ONE

Le nouvel album de cette formation scintille par ses sonorités cosmiques. Entre Funk et Electro, le groupe creuse un chemin peu commun. Nous connaissions le morceau « 24 » et ses moogs psychédéliques sur un groove d’enfer. Toujours à bord de cet ovni musical, la batterie la basse et les claviers électriques posent une tourne tranquille, qui vous mettra à l’aise. Le soprano lumineux creuse un chemin insolite, que le clavier électrique explore avec élégance au cours du morceau « Space Ship One ». Le Fender Rhodes ‘Emmanuel Duprey avance doucement, avec des phrases douces et mélodieuses. Le mystère règne au début du morceau « Astronaef » souligné par la basse lourde qui amplifie l’esprit Soul. L’influence de Coltrane est prégnante chez le saxophoniste Olivier Temime Olivier Temime – Officiel lorsqu’on l’écoute dérouler le « Balade pour Laika ». Emmanuel Bex tout en douceur, donne la sensation de caresser les touches de son clavier pour être au service de la mélodie. Toujours dans cette quête de sons lunaires, la rythmique impulse toujours une certaine énergie. Sur fond de groove subtil, l’harmonie modale dessinée par les claviers captivent sur le titre « Ursa Major ». Le romantisme et la profondeur sont exprimés par ce saxophone ténor suave jouant le thème intitulé « You ». L’effet du vocoder et du clavier créé un climat sensuel. Le funk et le groove reviennent sur la plage suivante. Le caractère attypique des sonorités nous emmène vers l’imaginaire. « Muni » est un voyage palpitant. Le groupe poursuit sur « Behind Walls » où les boîtes à rythmes et les sonorités électroniques sont un vrai bonheur. Akim Bournane à la basse et Julien Charlet sont toujours très solides, tandis que le saxophone bouillonne et les moogs s’enflamment. Ces cinq musiciens nous proposent une aventure musicale tout à fait intéressante et attractive. Ils mélangent le Jazz au Funk, tout en laissant une grande place aux expérimentations sonores. Le groupe présentera l’opus le 23 septembre à Paris au 360 Music Factory.

NOUVEAUTÉ ALBUM/ JULIEN LOURAU/ POWER OF SOUL

Le saxophoniste Français aime l’éclectisme. Naviguant d’un horizon à l’autre, Julien Lourau part du côté de l’Electro, revient au Jazz acoustique et s’évade vers la fusion. Avec ce nouveau projet, le Jazzman Français revisite avec subtilité et originalité les grands morceaux du label CTI, créé par l’ancien producteur de Verve, Creed Taylor. Ce dernier a ouvert la voie à un Jazz Cool plus accessible. Les arrangements de velours amplifient la sensualité de cette musique. Le saxophoniste et le tromboniste Mathieu Debordes ont écrit à leur tour des arrangements pour ce projet de reprises. Entouré de claviers et d’une basse qui ne manquent jamais de groover, le saxophoniste nous emmène sur le chemin de l’émotion avec ses impro et sa sonorité. Le groupe démarre par le morceau « People Make The World Go Round ». Les claviers de Leo Jasset et d’Arnaud Roulin ainsi que la basse installent de la sensualité, le saxophone nous joue quelques pointes bluesy à la David Sanborn. Sur un tempo plus punchy au rythme binaire bien accentué, les cuivres exposent ce thème aux accents quelque peu orientaux. La sonorité du saxophoniste au soprano est aérienne, avec une tension sonore et harmonique en gradation tout au long du morceau. Les moogs du clavier s’inscrivent bien dans le psychédélisme de l’époque. Le clavier gronde, tandis que la cocotte de guitare de BOJAN Z qu’on entendait jusque là au piano ronronne. Pour ceux qui l’avaient oublié le label CTI est précurseur dans le genre du Smooth Jazz. La reprise de deux compositions de Bob James l’illustrent à merveille. « Westchester Lady » commence par cette ligne de basse lourde et ses vamps de clavier suivis d’un motif mineur. Les sons des claviers électriques en fond du solo de saxophone donne l’impression que le son s’effondre. Sur « Piece of Mind » signé également du pianiste Américain, le soprano donne la sensation de méditer, voire de s’envoler. Le piano chromatique suave joue totalement dans l’esprit de l’époque. Le guitar héro Jimi Hendrix est mis à l’honneur avec une reprise déjantée et puissante de « Power Of Soul ». La basse tenue par Sylvain Daniel installe le climat, pendant que la guitare et les claviers font monter la température. Les sonorités électriques au sens figuré le deviennent vraiment avec les effets. La suite est plus reposante à l’écoute de l’interprétation épurée de la chanson « Don’t Mess With Mr T », une mélodie pleine d’émotion de blues et de nostalgie écrite par Marvin Gaye, qui fut l’objet d’une magnifique version par Stanley Turrentine au début des années 70. La reprise de « Red Clay » de Freddie Hubbard démarre progressivement. Sur une tourne de batterie nerveuse, le thème dans cette continuité énergique donne la possibilité au saxophone de s’évader. « Firebird » autre thème du trompettiste, est un thème de suspense et d’angoisse. Les effets électroniques utilisés ainsi que les flots de notes denses alourdissent le climat. Le solo de batterie de Jim Hart constitue l’apothéose de cette tension avant que le piano et le saxophone ne reprennent le thème. Le thème suivant « In The Beginning » composé par Clare Fischer a une esthétique au confluent du Jazz Post Bop. Les intervalles entre les notes de cette mélodie révèlent une approche moderne. A 4’23, la section rythmique part tranquillement sur le chemin du swing pour que le sax déroule ses phrases aérées et souples. Pour clore ce projet, le saxophoniste choisit un morceau Soul et Rythm n’ Blues. « Love and Peace » vous procurera de l’énergie et de la bonne humeur notamment avec ses nappes de clavier et ses toiles de cuivres. Julien Lourau réussit cette démarche difficile de concilier la musique accessible dans un projet aux arrangements ingénieux et originaux!