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ACTU CONCERTS/ JAZZ AUX QUATRE COINS/

On commence cette chronique par le concert du 09 décembre avec le grand contrebassiste Israélien Avishai Cohen, dont les polyrythmies enflamment les auditeurs. Avec son trio, il joue une musique de haut vol où l’interaction

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Jazz

NOUVEAUTE ALBUM/ STEVE TURRE/ GENERATIONS

Une formation de très haut niveau joue sur ce disque de l’immense tromboniste Steve Turre.

Le tromboniste qui joue par ailleurs du coquillage et de la conque a toujours un phrasé net clair maîtrisé, à chaque solo qu’il prend.

Le titre qui ouvre cet album « Planting The Ceed » nous plonge dans une ambiance que McCoy Tyner affectionnait tant.

La contrebasse et le piano installent une tourne pendant plusieurs secondes, avant que la section cuivres présente ce thème latin aux accents Soul Jazz.

Les rythmes se brisent et créent la surprise.

Le saxophoniste ténor Emilio Modeste est le premier à se lancer dans l’aventure des solos dans des structures qui mélangent swing et rythmes binaires. Le leader au trombone joue beaucoup en usant des respirations et des notes d’appui, notes sur lesquelles il s’arrête en y incluant des accents de Blues. Aérien est Steve Turre, Wallace Roney Jr. l’est tout autant. Les phrases de trompette prennent un envol. Le passage de témoin entre elle et le piano est tout à fait croustillant. À la reprise du thème le batteur lance des interventions.

Pour poursuivre, le tromboniste signe une ballade dans l’esprit du Jazz des années 50 une mélodie romantique et émouvante en hommage à Duke Ellington. Sur « Dinner With Duke » les balais du batteur rebondissent sur les peaux de la caisse claire. Le pianiste Isaiah Thompson effleure les touches, le trombone et la trompette dialoguent en toute intimité jusqu’à ce que Corcoran Holt fasse pleurer sa contrebasse à l’aide de l’archet

« Blue Smoke » aux allures de blues ne serait il pas un clind’oeil à « Sandu » de Clifford Brown? Les interventions de cuivres sont délicieuses avec un swing qui clinque.

Le standard « Smoke Gets In Your Eyes » composé par Jérome Kern est repris en rythme latin. Le tromboniste interprète avec beaucoup de chaleur ce joli standard avec des notes claires et enveloppantes.

Steve Turre aime diversifier les ambiances comme on l’entend sur « Don D » et son rythme Reggae. Le clavier éléctrique apporter de la profondeur.

Les arrangements de riffs sont clairs et précis. La trompette de Wallace Roney a de nombreux accents Bluesy. La guitare très roots sonne bien dans ce style.

Le groupe reprend « Pharoah’s Dance » thème de Miles sur « Bitches Brew ». Si l’original est un morceau de Fusion le tromboniste rend ici un arrangement tout à fait intéressant. Le pianiste qui joue sur la session envoie des flots absolument hallucinants et sort même des intonations Bluesy. La mise en place des riffs de cuivres à partir de 6’36, donne du panache au thème de fin.

« Flower Power » est une mélodie qui souligne une insouciance qu’on aimerait voir revenir plus souvent. La partie de basse et les accords de piano installent une ambiance onirique sur un rythme binaire ternaire durant lequel le trombone est suave.

« Good People » est une mélodie enchantée jouée par les cuivres avec délectation et bonheur.

Trompette et trombone avancent avec douceur. Le pianiste caresse les touches.

Le trompettiste Wallace Roney Jr joue un magnifique solo qui perpétue l’apaisement.

Le saxophoniste ténor entame son improvisation par un motif qui ressemble aux premieres notes de « Misty ».

Le morceau final démarre par un climat Hard Bop à la John Coltrane. Le thème est un motif qui se déroule sur quatre mesures.

Sur la première partie la basse du piano puissante lance les solistes le trombone la trompette. Le pianiste nous propose dans son improvisation une panoplie d’éléments qui nous rappellent les pianistes importants du Hard Bop.

« Generations » est un nom bien choisi par le tromboniste qui depuis quelques années intègre la fine fleur du Jazz Américain.

Les touches latines sont nombreuses dans la musique de Steve Turre, un Hard Bop énergique ravivant la flamme de Coltrane par moments et évoquant d’autres immenses musiciens comme les Messengers Art Blakey And The Jazz Messengers ou Horace Silver.

« Generations » publié chez Smoke Sessions Records est un grand disque de cette fin d’année 2022, dont le tromboniste signe huit compositions originales, mélodieuses raffinées qui inspirent les solistes à merveille.

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ENTRETIEN ET CONCERT/ BERNARD SANTACRUZ/ AVENTURIER DE L’IMPROVISATION LIBRE

Depuis presque trente ans, j’écoute le Jazz avec un émerveillement intact, savourant cette belle musique sous toutes ses coutures du New Orléans au Be-Bop en passant par le Swing et le modal jusqu’à la Fusion. Lorsque mi-Octobre un ami amoureux de Jazz me propose d’aller voir le contrebassiste Bernard Santacruz, je sais que je vais entrer dans un univers sonore qui ne m’est pas familier, même si je connais une facette de son jeu notamment dans le quartet du vibraphoniste Bernard Jean.

Le jeudi 13 Octobre dernier, dans le temple Protestant de la rue Grignan de Marseille, le contrebassiste se lança dans une escapade improvisée pendant une demi-heure dans cet endroit insolite.

Arrivant quelques minutes avant, j’écoute l’artiste étoffer quelques notes saisissant de temps à autre l’archet, pour atteindre une acoustique idéale. Il joue d’ailleurs une walkin’ bass be-bop qui résonne encore dans mon oreille.

Ce musicien qui aime sortir des sentiers battus, se jette souvent dans l’aventure du jeu en solo.

Avec pour seul complice son instrument, le contrebassiste attaque donc les premières notes avec une puissance et une assurance belles à voir et à entendre. Malgré le volume de cet instrument, le contrebassiste montre dès les premières secondes qu’il la maîtrise. De suite, les graves nous interpellent et nous touchent. La rondeur et la profondeur sont émouvantes. Bernard Santacruz explore des motifs qui traduisent une certaine noirceur, celle de l’âme humaine, ses tourments et ses doutes.

L’incertitude reflète sa démarche, celle d’une remise en question au quotidien.

Les doigts claquent sur les cordes. À la cinquième minute, un flot de notes se libère. À cette puissance sonore de cette contrebasse s’ajoute une dimension de mystère. J’entends quelques couleurs orientales. Ce musicien cherche à tirer des sonorités improbables de son instrument.

Dans cette configuration, il donna déjà un concert gravé sur le disque « Tales, Fables And Other Stories ». Tout seul il attaque sur cet album par des accords un peu comme des accords de puissance joués à la guitare. Que ce soit sur ce disque ou lors du concert, on entend une immersion totale.

Ce qu’il me confie après le concert fait écho à tout ce j’entends, cette volonté de repousser les limites sans cesse. Il faut dire que depuis ses premiers amours, il fit du chemin.

C’est la musique noire qui l’attire, le Rythm n’ Blues, la Soul de Ray Charles que son frère lui fit découvrir. À l’âge de 11 ans, il prend la basse électrique, travaille des tournes rythmiques sur les conseils de son frère, qui lui jouait de la guitare. Ce frère lui fera aussi découvrir entre autres le colosse Sonny Rollins.

Il forme avec des copains des groupes au sein desquels on compose les premiers morceaux sous l’influence du groupe Magma qui donnera un concert exceptionnel en 1973 et qui le marquera à vie.

Élève au Lycée Saint Charles de Marseille, un camarade lui fait découvrir le même jour le « Sacre du Printemps » de Stravinsky et « Kulu Se Mama » de John Coltrane.

Dans cette mouvance de l’improvisation libre qui est une esthétique à part entière, il me parlera entre autres du pianiste Paul Bley, du saxophoniste Dewey Redman et du pianiste et compositeur chef d’orchestre Sun Ra qu’il vit

en concert à l’automne1972 au Théâtre du Gymnase. Cette soirée épique dura presque trois heures, où danseurs et cracheurs de feu étaient sur scène. Il reçoit une « claque » et tout le public aussi. Quelque chose de “monstrueux” se passe sous ses yeux.

Précisons que ce bassiste se mit à la contrebasse à l’âge de 30 ans et intègre la classe de Jazz d’André Jaume.

Il explorera les sonorités et différents registres pour s’approcher le plus possible de l’improvisation libre. À partir des différents artistes qui l’influencèrent, il saura très vite qu’il voudra travailler avec des gens comme les saxophonistes Frank Lowe ou Charles Tyler.

Avec le premier, le contrebassiste enregistra un album en duo qui s’intitule “Short Tales” dont il signe six titres.

Pour lui c’est une évidence, l’improvisation libre accentue le concept de l’échange musical.

Sur son instrument, Bernard Santacruz développe un jeu qui fait ressentir différentes émotions comme les fêlures, les souffrances mais aussi l’espoir.

Au cours du premier mouvement improvisé de ce jeudi 13 Octobre, le contrebassiste repousse la zone de confort prend son instrument pour une percussion et ponctue ses échappées d’une basse lourde et régulière.

Entre single notes, arpèges et voicings, le contrebassiste aime la variation, la création perpétuelle dans l’instant. Cette approche suppose une grande part intuitive mais aussi une dose énorme de travail. Une autre grande figure qui l’influença est le bassiste Charlie Haden pour son approche ouverte. S’il considère ce grand Monsieur comme son idole qu’il rencontra lors d’un stage, il me parle aussi de Ron Carter un autre immense contrebassiste, ce maître des lignes très poussées.

Le second mouvement commence par des strangulations sonores qu’il arrive à produire à l’aide de son archet. Le cheminement devient plus rythmique à travers des motifs qui puisent dans les racines Africaines. On entend du palm mute cet effet qui consiste à étouffer les notes avec la paume de la main droite.

Au cours de ce mouvement plus rythmique et empreint des racines Africaines, il joue à la fin un passage d’un morceau signé Albert Ayler intitulé « Angels ».

La ligne puissante du troisième mouvement ces arpèges nous plongent dans une certaine gravité.

Enfin pour clôturer cette soirée, le contrebassiste s’illustre une nouvelle fois par une assise et une amplitude sonore impressionnantes.

Le lendemain, invité par le collectif « The Bridge Don’t Tell », le contrebassiste croisera le fer avec deux autres contrebassistes Paul Rogers et Anton Hatwitch, le guitariste Raymond Boni, l’altiste Mai Sugimoto et le baryton François Wong.

Aimant l’aventure musicale, le trio de contrebasses créa un tissu sonore d’une grande densité où l’enchevêtrement des notes peut interroger, déconcerter voire déranger.

Après avoir assisté à ces concerts, on comprend la trajectoire de ce contrebassiste qui se passionne pour la Soul et le Blues et à partir de ces racines, découvre Monk, Coltrane puis de là, creuse le sillon de l’improvisation libre.

Ces deux soirées auxquelles j’ai pu assister grâce à Patrick Thubaut, ami de longue date de Bernard Santacruz, ont été l’opportunité de découvrir des horizons harmoniques vers lesquels je ne serais jamais allé. Pour le musicien comme pour celui qui l’écoute, il est parfois important de naviguer vers des territoires plus inhabituels.

Au delà de considérations strictement jazzistiques, ce contrebassiste est un aventurier de la musique. Il la joue telle qu’il la ressent avec une grande authenticité, en communion absolue avec sa contrebasse.

Remerciements les plus chaleureux à Bernard Santacruz, cet aventurier des notes et à Patrick Thubaut sans qui la découverte de cet univers musical n’aurait pu avoir lieu.

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L'histoire de tous les Jazz

BADEN POWELL/ LE VIRTUOSE BRESILIEN (1937-2000)

Ses doigts magiques, son toucher en font l’un des plus grands guitaristes que le Brésil ait eu.

Baden Powell de Aquino fut appelé ainsi par ses parents, car ils admiraient le fondateur du scoutisme, Robert Stephenson Smith Baden Powell.

Ce n’est pas un hasard,car la musique de ce prodige évoque l’altruisme, la dévotion l’amour.

Baden Powell diplomé du conservatoire de Rio de Janeiro en 1951 démarre sa carrière l’année suivante.

Il aura de nombreux compagnoins de route et l’un des plus célèbres était Vinicius de Moraes.

Sa maîtrise des accords à quatre sons, il la mettait au service des magnifiques mélodies qu’il interprétait bien souvent et qu’il composait.

Très lyrique, sa façon de jouer les accords amplifie l’émotion. Ses arpèges témoignent de sa grande technique.

Baden Powell pouvait tout harmoniser comme le faisait Joe Pass dans le Jazz.

Le toucher est unique et empli d’une grande sensibilité. Il était un véritable poète de la six cordes.

Avec sa version de « Berimbau » composée par Vinicius de Moraes, il parvient à traduire par ses accords la gravité, la noirceur mais aussi l’espoir. Après une sublime introduction en quartes, Baden Powell introduit la mélodie qui exprime une certaine tristesse.

Il a des accents nostalgiques sur de nombreuses séquences harmoniques.

Sa version de « Tristeza » connaît un succès planétaire. Les accords sont très beaux et les percussions entrainantes. L’enchainement des accords est un exercice de haute volée. Cet album gravé chez MPS est un petit trésor.

Le titre « Canto de Xango » interprété avec la flute est un concentré d’énergie.

On entend des improvisations simultanées de guitare et de flûte.

Il aimait le Jazz comme en témoigne sa reprise de « Round Midnight » au cours de laquelle sensualité et poésie se mêlent à merveille.

Fantaisie ambiance de carnaval sur « Sarava », une mélodie qui a un côté un peu sombre mais avec quelques touches bluesy.

Les descentes de basses sur « Canto De Ossanha » sonnent Blues

Ce morceau exprime tristesse et fragilité.

Le guitariste part en arpèges mineurs pour démarrer le joyau « Manha de Carnaval ».

La nostalgie de la mélodie » Invencao Em 7_ 1 /12″ est bien exprimée par Baden qui sur cette mélodie, sonne comme un morceau de guitare classique?

Dans les aigus comme dans les graves, les notes sautillent et transmettent une certaine euphorie.

Le thème « Astronauta » est également synonyme de fête. L’attaque des notes est puissante et l’entente avec les percussions s’approche de la Fusion.

« Feitinha Pro Poeta » est une mélodie qui suscite les pas de danse et qui respire l’insouciance.

Le guitariste reprenait aussi des mélodies de Tom Jobim comme « Garota de Ipanema » ainsi que « Dindi ».

Un autre standard de Jazz qu’il reprit est « All The Things You Are » dont il offre une version lyrique.

Le jeu aux doigts de Baden Powell est toujours au service de l’esthétique et de la mélodie. Sans fioritures, lui qui était entre autres l’ami de Claude Nougaro avait une technique qui lui permettait de jouer des single notes à haut débit, ainsi que des voicings sophistiqués.

Le prodige de la guitare composera d’autres grands morceaux comme « Valsa San Nomen » avec Vinicius de Moraes. Ce morceau démarre comme un morceau de Flamenco. Renversements après renversements, la guitare nous illumine et nous étonne.

Je vous propose donc une version de ce titre issue de l’album « Rio Dos Valsas » de 1988, au cours duquel le guitariste choisit les arpèges, notes simples et accords qui célèbrent cette grande mélodie, pleine de tendresse et de romantisme.