INFO TRISTESSE/SIDNEY POITIER (1927-2022)

Il fut le premier acteur Noir à être récompensé de l’Oscar du meilleur acteur en 1964. Sidney Poitier est mort jeudi 6 janvier 2022 à l’âge de 94 ans. Nous lui rendons hommage pour avoir symbolisé le combat contre le racisme, la lutte en faveur des droits civiques. Parlons du film « Paris Blues » dans lequel il interpréta le rôle d’Eddie Cook, saxophoniste de Jazz installé à Paris qui joue dans le Club 33. Le saxophoniste vient en France pour fuir la ségrégation qui sévit aux États Unis. Il participe aux Jams en compagnie du tromboniste Ram Bowen interprété par Paul Newman et du trompettiste Wild Man Moore joué par Louis Armstrong. Écoutez l’euphorie collective qui se dégage de cette scène. Le saxophoniste et le tromboniste improvisent dans un swing optimiste. Une fois le morceau terminé, le trompettiste surgit et enflamme la salle par une phrase éclatante. La Jam repart et les musiciens se livrent à un échange de phrases vigoureuses emplies de swing. Voici l’hommage que nous rendons à cet immense acteur qu’était Sidney Poitier, à travers une scène impressionnante de dynamisme.

INFO TRISTESSE/ DESMOND TUTU

Le Pasteur Desmond Tutu qui a tant œuvré en Afrique du Sud par son combat contre l’apartheid, s’est éteint aujourd’hui à l’âge de 90 ans. Le trompettiste Miles Davis lui avait consacré un morceau sur son album de 1986. « Tutu » écrit par Marcus Miller, devient un standard du Jazz électrique de la seconde moitié des années 80. Le trompettiste le jouera jusqu’à la fin de sa vie sur toutes les scènes où il se rendra. Le thème est introduit par des notes de trompette improvisées avant que Marcus ne slappe sa ligne de basse en pentatoniques. Je vous propose d’écouter une version extraite de l’album « Live Around The World » de 1989. Les notes de trompette traduisent l’espérance la conviction et la force qu’incarnait ce grand Monsieur dans sa lutte contre le racisme, lui s’était vu décerner le prix Nobel de la paix en 1984. Desmond Tutu est un héros qui a livré toute sa vie un combat que de nombreux musiciens de Jazz ont porté à travers leurs œuvres. Nous pensons à Miles mais aussi à des artistes comme Charles Mingus, John Coltrane ou Max Roach.

JAZZ EN BERNE/ BARRY HARRIS (1929-2021)

Nous avons appris sa disparition cette nuit. Le pianiste Barry Harris s’est éteint le 8 décembre à l’âge de 91 ans. II participa à de nombreux enregistrements notamment en tant que sideman de Yusef Lateef Cannonball Adderley, Dexter Gordon ou Lee Morgan. Il est au piano sur le célèbre album du trompettiste gravé chez Blue Note en 1964, intitulée « The Sidewinder ». Il joue aussi sur d’autres grands albums du label comme « Gettin Around » de « Dexter Gordon » où avec Hank Mobley et son disque « Turnaround », pour la partie enregistrée en 1965. Influencé par Bud Powell et Thelonious Monk il sera un grand pianiste de Post Bop comme Red Garland Wynton Kelly ou Bobby Timmons. Sideman courtisé, on retrouve des grands disques sur lesquels il joue. C’est lui qu’on retrouve sur le titre « Work Song » extrait de l’album « Them Dirty Blues » de Cannonball Adderley. Bien que les phrases soient bien articulées et denses en flux de notes, les respirations dans le discours appuient ce swing lisse et entraînant. En tant que leader, je vous proposerais ce live « Barry Harris at the Jazz Workshop » de San Fransisco en mai 1960. Le pianiste en trio est accompagné par Louis Hayes et Sam Jones. Les balais crépitent sur les morceaux au tempo médium. Sam Jones joue sur sa contrebasse avec beaucoup de sens mélodique. Louis Hayes au drive généreux est très à l’écoute de ses compagnons. Barry Harris rendra hommage aux fondateurs du Be-Bop en reprenant « Woody n’You » de Dizzy Gillespie et « Moose The Mooche » de Charlie Parker, deux morceaux de 32 mesures. Mais le titre qui est selon moi le plus impressionnant, est « Curtain Call ». On y entend tout l’héritage harmonique technique et rythmique des pianistes qui l’ont précédé. Le jeu de piano est souple, la section rythmique met la gomme, le trio va à toute allure sur un tempo brûlant. Barry Harris était un pédagogue reconnu qui s’efforça de transmettre l’héritage de cette grande musique qu’est le Jazz. Le Hard Bop doit se sentir bien orphelin aujourd’hui.

INFO TRISTESSE/ SLIDE HAMPTON (1932-2021)

Nous avions parlé en janvier 2021 de Jay Jay Johnson et des pépites qu’il enregistra sur Blue Note entre 1953 et 1955, sous le nom de « The Eminent Jay Jay Johnson ». Parmi les grands noms du trombone on pourrait citer Curtis Fuller, Graham Moncur, Kai Winding. Le 18 novembre, est mort l’un des grands noms du trombone des années 50 et 60, Slide Hampton. Ce musicien connu aussi pour ses qualités d’arrangeur nous a quittés à l’âge de 89 ans. Il participa à de nombreux enregistrements notamment celui grâce auquel je le découvris, l’album de Joe Henderson « Big Band » de 1996. Avec l’album « Exodus » de 1962, le tromboniste montre qu’il est un grand arrangeur par la précision des motifs et la justesse des différentes voix qu’il agence. Le premier titre qui donne son nom au disque commence par une séquence funèbre et sombre à la suite de laquelle le swing explose. Entre standards et morceaux plus modernes, on entend des bouquets sonores flamboyants. Sur « Star Eyes » les balais crépitent, les arrangements des cuivres expriment l’enthousiasme. « I’ll take Romance » est une valse entraînante à la mélodie flamboyante. Les arrangements de cuivres sur le morceau « Confirmation » écrit par Charlie Parker, rebondissent à merveille sur les flots intenses du thème. Les motifs écrits par le tromboniste impressionnent par leur précision rythmique. Le haut niveau de technique instrumentale et d’orchestration se confirme sur « Moment’s Notice » de John Coltrane. Beaucoup de sensibilité se dégage sur la ballade « I Remember Clifford ». La toile des cuivres est d’une douceur infime. Enfin pour clôturer le disque, Slide Hampton propose un blues de Monk intitulé « Straight No Chaser » qu’il couple avec un autre blues de Charlie Parker, « Au Privave ». Slide Hampton écrivait de la dentelle pour ses musiciens, qu’il aimait mettre en avant. Sobre et discret, il mettra son talent d’arrangeur au service de ses solistes. Un grand orfèvre des notes vient de nous quitter.

INFO TRISTESSE/ PAT MARTINO (1944-2021)

Il disait souvent au cours des interviews son amour pour George Benson cet autodidacte de génie guitariste et chanteur. Le guitariste Pat Martino avait pour lui une admiration sans limites. Lui aussi était un grand Monsieur de la guitare Jazz. Il faut écouter ses longues phrases d’une limpidité hors du commun. Commençant sa carrière au milieu des années 60, il accompagne des solistes comme le saxophoniste Willis Jackson. Très influencé par Wes Montgomery, il écoute, analyse transcrit les phrases de son maître spirituel. Je me souviens du premier disque que j’ecoutai de ce magnifique musicien. Sur »El Hombre » comment ne pas être subjugué par ses envolées de longues phrases sur ce morceau en 3 temps très rapide. Plus tard vers 1972, Pat Martino sort « Footprints », un album de reprises de standards avec une composition originale « The Visit ». L’apothéose est pour moi ce duo romantique formé avec le pianiste clavieriste Gil Goldstein avec l’album « We’ll Be Together Again ». Le son et ses impro de velours sur ce standard et sur « You Don’t Know What Love Is » sont des chefs d’oeuvre. Si le guitariste est hors du commun, son parcours aussi. En 1980, à la suite d’une opération sur le cerveau pour éviter qu’un caillot entraîne un accident cérébral, il se réveille atteint d’amnésie totale. La dimension épique de sa vie prend tout son sens. Il réapprendra à jouer de la guitare en écoutant ses albums. Il revient en 1994 avec « The Maker ». Grand technicien capable de développer de longues phrases aux articulations Be-Bop, il sera reconnu surtout comme un maître de la guitare Jazz moderne. Je vous propose trois publications tout au long de cette journée.

Poursuivons notre hommage à Pat Martino disparu hier à l’age de 77 ans. Ses envolées pendant l’exposé des thèmes et ses phrases aux nombreux chromatismes, faisaient de lui un des plus grands guitaristes de Jazz de ces dernières années. Sur des tempo up swing comme sur les ballades, il créait de l’émotion et diffusait une grande énergie. Il influença des guitaristes comme John Scofield qui selon une anecdote m’ayant été rapportée, avait relevé tout un album de Pat Martino. Son album en duo avec Gil Goldstein est un des plus beaux duo piano et guitare. Ses notes de guitare suaves et rondes se fondaient à merveille avec les voicings de cristal du clavier.

Pour terminer notre hommage à Pat Martino, parlons de sa vie de guitariste après son accident post opératoire de 1980. À son réveil, il est totalement amnésique et ne sait plus jouer de son instrument. Il réapprend à jouer en écoutant ses disques et reviendra sur la scène en 1984. L’album « The Maker » de 1994 et sa composition d’ouverture « Noshufuru » témoignent qu’il est revenu au plus haut niveau. Après plus de 2 minutes d’improvisations sur une séquence de 4 mesures jouées en boucle, le guitariste se lance dans un thème à la structure peu ordinaire, au cours de laquelle l’esprit Blues est présent. Il incorpore dans son jeu en solo, les plans Blues en pentatoniques et les phrases Be-Bop caractéristiques de son jeu. Le guitariste avait l’art de lancer des phrases ciselées, très rapides avec une précision rythmique hors du commun. Le monde de la guitare perd un innovateur qui fut toujours en quête de phrases nouvelles et très sophistiquées. Ses improvisations sont un modèle pour tous les guitaristes de Jazz.

INFO TRISTESSE/ DR LONNIE SMITH (1942-2021)

Bien que portant le même nom, il était l’un des héritiers de Jimmy Smith, au sens musical du terme. Dr. Lonnie Smith…Funkiest B3 Burner On The Planet!!! Dr Lonnie Smith est décédé hier. Comme son mentor, sa filiation musicale est elle du Gospel et du Blues. Natif de la région de New York, il se passionne pour les racines du Jazz et participera à de nombreuses sessions des années 60, aux côtés de George Benson et autres musiciens du courant Soul Jazz, comme Lou Donalson. Il avait sorti il y a quelques mois un album intitulé « Breathe », paru chez Blue Note. Dès les premières secondes, vous serez en voûtés par la chaleur du son et la sensualité des accords du morceau « Why Can’t We Live Together? ». Sur un rythme cool syncopé, l’organiste lance les salves et joue très Blues. Le guitariste Jonathan Kreisberg livre un solo fluide rappellant Benson et Martino. À travers cette critique, nous vous faisons découvrir également d’anciens morceaux comme « Keep On Lovin », bien Funky et quelque peu déjanté. Si vous écoutez « Afro-Desia », morceau ressemblant au style « Earth Wind And Fire », vous aurez envie de bouger. La trompette déploie des phrases Bop Funk puissantes bien ciselées sur le plan rythmique et lunaires par la reverb. Plus ancien l’album « Think » de 1968, avec lequel l’organiste montre son ancrage dans le Soul Jazz. Lee Morgan et David Newman exposent le motif mélodique avant de laisser la place au jeune George Benson jouant des phrases se situant entre Blues et Bop. Elles sont intenses tant du point de vue technique que rythmique. Le sax et la trompette exposent le thème, puis dialoguent tout seuls à tour de rôle avec la batterie. Sur la seconde composition « The Call Of The Wild », les cuivres expriment un climat étrange avant que la batterie parte dans une tourne enivrante proche de la transe. Si Dr Lonnie Smith n’avait pas la notoriété d’un groupe comme les Headhunters menés par Herbie Hancock, il a contribué à faire groover la musique de la fin des années 60 et celle des années 70!

INFO TRISTESSE/GEORGES MRAZ /1944-2021

Ce sideman discret accompagna les plus grands. Stan Getz, Tommy Flannagan, Joe Henderson. C’est en écoutant l’album « Live » de John Scofield que nous l’avons écouté pour la première fois. Ses lignes de contrebasse fines et rondes sont au service des solistes. Ce musicien d’origine Tchèque est décédé jeudi 16 septembre à l’âge de 77 ans. Après ses études au Berklee College, il fut par la suite sollicité par les grands jazzmen dans les années 60. Son jeu à l’archet faisait référence et ses notes en solos très expressives, étaient d’une grande clarté comme en témoigne son improvisation sur le thème « Cinéma Paradisio ». Ce musicien avait toujours une idée claire de la trajectoire qu’il donnait à ses solos. Toujours à l’écoute, son jeu était toujours en interaction permanente avec celui des autres. Il participa en tant qu’accompagnateur à un nombre très important d’enregistrements. Le solo qu’il joue sur le thème « V » de John Scofield impressionne par la justesse de ses notes qu’elles soient graves ou plus aiguës. Le Jazz perd un musicien de haut vol si l’on regarde le nombre de musiciens qui ont fait appel à lui tout au long de sa carrière!

INFO TRISTESSE/ GEORGE WEIN (1925-2021)

Plusieurs artistes de Jazz ont fait part de leur peine sur Twitter et autres réseaux sociaux, lorsqu’ils ont appris de la disparition du pianiste et producteur Georges Wein. Les grands médias Américains comme Downbeat et Jazztimes relaient cette info. Il était pour tous les musiciens de Jazz un personnage aimé et très respecté pour son implication dans l’organisation des concerts. D’abord pianiste il étudiera les styles Ragtime, New Orleans et Swing. Sa carrière commence au milieu des années 40, mais il l’écourtera pour se concentrer sur l’organisation et la production de spectacles. Il créera plusieurs clubs dont le Storyville de Boston. On lui doit aussi l’un des plus grands Festivals, celui de Newport crée le 17 juillet 1954. Cette petite ville située dans l’Etat de Rhode Island accueillera tous les styles du courant traditionnel à l’avant garde comme John Coltrane ou Archie Schepp. Depuis quelques jours, les hommages se multiplient pour honorer la mémoire de ce défenseur du Jazz.

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