Voici une très belle découverte, celle d’un artiste, dont les compositions originales explorent, harmonies et rythmes novateurs.
En préambule, quelques mots pour simplement relater, que le pianiste Fabrice Tarel, a eu la gentillesse de nous adresser son opus intitulé “There Will Never Be Another Now”, un disque tout à fait captivant, mettant en lumière la trompettiste Américaine Alexandra Ridout, une artiste au grand feeling, qui s’illustre par sa sonorité poignante, ses improvisations mélodieuses et aérées. Cet album renferme huit compositions du pianiste, lui aussi talentueux, en tant que compositeur et en tant que soliste.
Dès les premières secondes, je suis intrigué par le contrebassiste Cyril Billot, qui note après note, esquisse une métrique insolite que j’ai du mal à saisir, mais qui n’en reste pas moins fascinante. Viennent très rapidement les cymbales légères, puis s’installent les accords du piano.
De ce premier thème “Their Prince”, je ressens l’éphémérité, de la tristesse, qui riment avec un lyrisme séduisant. J’aime chez ces musiciens, leur sobriété et l’interaction, une notion si chère à Bill Evans, qui s’entend dès le début et tout au long de cet enregistrement.
Au piano, la limpidité incontestable est toutefois toujours au service de la musicalité, comme l’est la trompette, si vous écoutez ses phrases ciselées et musicales.
Le premier morceau étant souvent un bon indicateur, j’écoute les titres suivants avec grande attention.
Ce dialogue, cette symbiose, on les retrouve au second morceau, “Like Our Olive Tree”, une composition durant laquelle, les instrumentistes font ressortir la gravité. Effectivement, le côté sombre est traduit par les notes fragiles du piano, par une contrebasse qui s’immisce en douceur et par la délicatesse de la batterie. Quelques notes me font penser au morceau “Fall” de Wayne Shorter, entre 0’53 et 1’03.
Le simple toucher au piano, les dédoublements, les phrases fluides et claires m’émeuvent. Les placements des accords donnent encore plus de profondeur à l’impro de trompette.
Tout n’est que subtilité dans ce morceau, sur le plan harmonique d’une part, mais aussi dans les variations, les polyrythmies, réalisées par la section piano contrebasse et batterie. L’interaction est constante dans le thème, comme dans les improvisations.
A 3’22, la connexion entre l’accord de piano et la trompette, illustre l’élégance, la classe, tout simplement.
Alexandra Ridout s’envole vers les sommets de mélodie et monte en intensité tout au long de son solo.
Le thème “Démos Kratos” joué en binaire me séduit. J’aime le jeu aux balais du batteur Andy Barron, qui met en lumière le style du pianiste.
Alexandra Ridout transmet de belles vibrations avec ses trajectoires mélodiques, des histoires qu’elle nous raconte.
L’interlude du disque nous plonge dans l’espace produit une impression de pesanteur, servie par un minimalisme esthétique au service de l’émotion.
La séquence suivante est un clin d’oeil au standard “There Will Never Be Another You”.
“There Will Never Be Another Now” traduit sans doute ce souci de conserver l’héritage, ses références, ses points d’ancrage.
Le batteur caresse ses fûts, la contrebasse atteint une belle rondeur dans son solo, piano et trompette explorent un horizon sonore nouveau.
Par la suite, les musiciens partent dans une aventure métrique, à laquelle la contrebasse et la batterie ajoutent un groove subtil dans “White Pain”.
Le pianiste captive l’oreille de l’auditeur par ses mélodies et par cette structure qui me semble être en 7 temps (7/4). La section rythmique par son contrôle et ses nuances propulse le pianiste, qui dédouble à merveille en restant toujours mélodieux.
Fabrice Tarel joue ensuite une autre mélodie, “Pick your Clique”, un thème au swing doux, inspirant pour la contrebasse et la trompette.
Le jeu de piano interagit, s’immisce au sein de la section rythmique, le batteur se lance dans un solo sobre, contrôlant la frappe de bout en bout, pour atteindre le degré de raffinement.
Pour clôturer ce disque, le quartet interprète “Real’Things Last”, un morceau écrit dans un rythme et une esthétique Folk.
Enlacés par la rondeur du son de contrebasse et par son sens mélodique, piano et trompette mènent un échange tout en délicatesse.
Au cours de son impro, Alexandra Ridout privilégie la dimension esthétique, la mélodie, la respiration, tout comme le fait un certain Paolo Fresu. L’Américaine a un jeu et des couleurs proches des musiciens Italiens.
Lorsque le quartet reprend la mélodie, j’entends une séquence de triolets apportant un regain d’optimisme.
Ce groupe “Symbiosis” est une belle surprise de cette fin d’année 2025.
La trompette respire atteint de très belles couleurs, comme le pianiste, leader compositeur de ce projet, sans oublier bien sûr, leurs sidemen de grand talent.
Si j’aime les projets emplis de swing, celui-ci est moins imbibé de ce rythme, mais reste tout de même, attaché au langage du Jazz, par ses accords et ses phrasés et ce, pour mon plus grand plaisir et je l’espère, pour tous ceux qui écouteront.
Demain vendredi 28 novembre, sort le premier titre du disque “Their Prince” et le vendredi 12 décembre, paraîtra l’opus dans sa totalité.