NOUVEAUTÉ ALBUM/ HAROLD LOPEZ NUSSA

HAROLD LOPEZ NUSSA/ TE LO DIJE

Le pianiste présente son nouvel album qui démarre dans l’allégresse avec « Habana sin Sabanas ». L’introduction au piano énergise, le thème joué à la trompette est une fête sonore. Les phrases de piano sont intenses et nerveuses sur ce rythme Salsa, le son est métallique. La trompette bouillonne, le solo de basse et de batterie montre toute la maîtrise rythmique des musiciens. « Te lo dije » est un motif mélodique qui se répète avec un rythme complexe. Pendant quelques secondes, le groove s’invite à 2’53 pour quelques secondes. Harold Lopez Nussa invite sur la reprise de « The Windmills of your Mind », l’accordéoniste Vincent Peirani, pour un beau moment d’émotion. Sur « Lilas Mambo » le motif d’introduction de piano amène de la puissance. Ce morceau est une très belle rencontre entre le style Hard Bop et la musique sud Américaine. La mélodie est un motif en boucle, avec des débits élevés de notes. Le solo de clavier laisse savourer toute la maîtrise technique du pianiste. « El buey Cansao » est un morceau tranquille qui détend. Écoutez ce motif hallucinant à 1’39. Le morceau prend à 3’51, un virage jazz rock rappelant l’énergie de Weather Report. « Timbeando » commence par un motif à l’unisson de la basse et du clavier, assez be-bop dans l’esprit. La progression harmonique du début, me fait penser à « Stolen Moments », avec bien entendu un rythme différent. Les flots de notes au clavier électrique, les trajectoires des phrases sont impressionnantes. « Un dia de Noviembre » empli d’émotion fait bien ressentir la tristesse et les souffrances. La joie et le bonheur reviennent avec « Jocosa Guajira ». La mélodie est composée d’échappées de notes, rapides étincelantes. Sur un motif en boucle joué au piano, la basse électrique joue un solo technique mais ses phrases sont chantantes. Avec « Jazzton » la température monte dès les premières notes de piano. Les riffs de cuivre sont dans le groove et mettent l’ambiance. « Sobre el atelier » est une composition où l’on savoure toute la finesse du toucher d’Harold Lopez Nussa. La mélodie pleine d’espoir s’inspire de l’esprit Folk. La trompette nous amène vers un ailleurs apaisant. L’album se termine avec un morceau très enthousiaste. La trompette éclaircit l’ambiance. Le pianiste amène des arômes de blues à certaines de ses phrases. A 2’15 la trompette rugit, on peut danser sans inquiétude sur cette rythmique entraînante. Si les improvisations sont empreintes de phrases jazz au style be-bop, les rythmes et thèmes restent attachés à la musique latine. Le pianiste réussit a réaliser cet équilibre entre deux styles différents. Mis à part deux morceaux domines par la tristesse, ce disque apporte beaucoup de tonus et d’optimisme.

ACTU JAZZ/ CHRIS POTTER

Le saxophoniste ténor, clarinettiste et flûtiste sortira un nouvel album le 4 décembre prochain. Ce disque est très particulier dans le parcours de l’artiste. Chris Potter a enregistré tous les instruments lui même. Il assure tout seul cette mosaïque d’instruments, le piano la guitare, la basse, les flûtes clarinettes et bien sûr les sax. Cet album « There is a tide » a été réalisé dans un contexte difficile, lié à la crise sanitaire, et à l’émergence du mouvement « Black Lives Matter ». A ce sujet, la composition relatant les violences racistes s’intitule  » I had a dream » en écho à celle d’Herbie Hancock « I have a dream ». Chris Potter a une approche philosophique de ce projet. L’artiste dépasse ses craintes, repousse ses limites, se met en danger pour laisser éclore le souffle créatif. Cette période de crises l’amène à s’interroger sur son rapport aux autres, à l’environnement. Susciter l’émotion chez l’auditeur, telle est sa quête. Malgré la gravité de notre époque, Chris Potter choisit l’optimisme. Sur le plan musical, les morceaux apportent du groove. Les intitulés des morceaux forment un poème qui se réfère à la Religion Yoruba religion commune du Nigeria, du Togo et du Bénin. La pochette est très poétique, les couleurs très harmonieuses. Cet album a l’air de respirer spiritualité et poésie. Si la présentation de ce projet vous a convaincu rendez vous le 4 décembre prochain !

https://www.chrispottermusic.com/there-is-a-tide

SUR LA ROUTE DU JAZZ/ LA VOIE VERS LE FREE

LA VOIE VERS LE FREE/ ERIC DOLPHY

Dans cette rubrique, nous avions déjà écouté Eric Dolphy en sideman aux côtés d’Oliver Nelson sur l’album « The Blues and The Abstract Truth ». Le solo de flûte sur « Stolen Moments » avec un son feutré est un moment magique. En leader, celui qui est aussi altiste et clarinettiste basse, explore des paysages harmoniques nouveaux avec beaucoup de phrases « out ». Il signe des enregistrements live avec le trompettiste Booker Little qui sont des incontournables. Ce titre Booker’s Waltz écrit pour celui- ci est une valse mélodieuse qui fait plus penser à un 6/8, avec une structure classique de 32 mesures. Le trompettiste déroule des phrases avec beaucoup de technique, un vocabulaire Be-Bop, et une sonorité lisse. La clarinette basse d’Eric Dolphy est rugueuse, les phrases sont dans l’harmonie, mais ses échappées fougueuses deviennent des phrases enflammées. Les flots de notes sont denses. Le clarinettiste en état de transe. Le solo de piano de Mal Waldron commence par une séquence toute en accords. Son style presque Soul est en contraste total avec celui de Dolphy. Certaines touches du piano sont fausses, ces imperfections apportent de la spontanéité. La contrebasse est d’une précision impressionnante. Cet enregistrement de 1961, est une avancée considérable vers le Free Jazz, et fait d’Eric Dolphy est un des leaders de ce nouveau courant.

NOUVEAUTÉ ALBUM/ DIANA KRALL

DIANA KRALL/ THIS DREAM OF YOU

Le nouvel album de la chanteuse à la voix de velours est sorti hier sur le label Verve. Le projet n’est pas innovant, mais l’interprétation des standards avec les arrangements de cordes est toujours envoûtante et pertinente. Le répertoire est essentiellement composé de ballades et de tempo cool. Sur le premier morceau « But Beautiful », signé George Gershwin et le très convivial « That’All », la guitare prend deux solos qui n’atteignent pas des sommets de virtuosité, mais les notes sont belles, le toucher est doux. La voix elle est feutrée « Autumn in New York » commence en trio puis a 2’08 les cordes rentrent et introduisent de la mélancolie. « Almost being in love » est introduit par un motif joué à l’unisson au piano et à la guitare. La mélodie est jouée sur un tempo cool avec un swing entraînant, la voix est légère. J’aime la sobriété du solo de guitare et de piano. « More than you know » est une mélodie très sensuelle. Le tempo s’accélère avec « Just you just me ». Sur une structure de 32 mesures, la mélodie chantée est ornementée de quelques interventions de violon. Celui-ci accompagné de la contrebasse et de la batterie, sera rejoint par le piano qui démarre ses voicings aux huit dernières mesures de la première grille. « There’s no you » est introduit par des jolis arpèges de guitare. Cette version en trio laisse la contrebasse s’exprimer. De la tristesse se dégage de « Don’t Smoke in bed » où la chanteuse est seule avec son piano. La folk s’invite même avec une reprise de Bob Dylan « This dream of you ». Avec « I Wished on the moon » on repart avec un swing cool où l’on entend les cordes de contrebasse claquer pendant la walkin. Le solo de piano n’est pas une prouesse technique mais les phrases en croches swinguent. Le morceau « How Deep is the Ocean » d’Irving Berlin est interprété avec beaucoup de feeling et de finesse. La voix est feutrée et bluesy, le solo de guitare est sobre, la pianiste caresse les notes. L’album se finit avec une version de « Singing in the rain » plus lente que l’original. La contrebasse introduit la chanson avec un motif plein d’optimisme, la mélodie est joyeuse. Diana Krall montre avec ce dernier enregistrement qu’elle est une conservatrice des standards, des morceaux mélodieux et accessibles.

ACTU CONCERT/ CONCERTS A VITROLLES

Malgré la fermeture des bars et restaurants à Marseille et Aix en Provence, il est toujours possible d’aller écouter du bon Jazz. A Vitrolles, l’association Charlie Free organise le Festival d’été, qui cette année a été annulé pour les raisons que nous connaissons. Deux artistes de classe internationale qui devaient se produire début juillet, seront présents début novembre. Le vendredi 6 novembre Avishai Cohen qui explore sans cesse de nouveaux horizons, se produira en trio. Le lendemain samedi 7 novembre, Brad Mehldau qui était passé au Théâtre de Provence au mois de mars juste avant le confinement, jouera en solo.  Les improvisations du pianiste le plus talentueux de sa génération, sont toujours aussi majestueuses. Avant ces deux rendez vous incontournables, d’autres concerts se dérouleront au mois d’octobre. Le club le Moulin à Jazz accueillera le pianiste Enzo Carniel le samedi 03 octobre. Le CV de ce jeune pianiste est déjà conséquent. Après le Conservatoire de Marseille, il intégra le CNSM. Il présentera son album « Wallsdown », dont la musique lunaire et mystérieuse emprunte des sons electro. L’artiste signe des compositions originales qui évoquent l’evasion l’apaisement l’espace. Enfin le vendredi 16 octobre, un autre pianiste Francais, Paul Lay jouera son projet « Deep Rivers », comprenant essentiellement un ensemble de chansons Folk Americines datant du XIX ème et du XXeme, ainsi que quatre morceaux originaux. Avec Charlie Free, les soirées jazz seront à coup sûr grandioses !

NOUVEAUTÉ ALBUM/ REZ ABASSI

REZ ABASSI/ DJANGO SHIFT

L’hommage du guitariste Américain au génie et pionnier de la guitare Jazz, Django Reinhardt, est tout à fait surprenant. Entouré d’un clavieriste et d’un batteur, Rez Abassi effectue une relecture des morceaux de Django avec des reharmonisations et des rythmes complexes. Sur le thème « Diminishing », la guitare sèche au son bien métallique commence avec un riff simple, puis joue un premier motif mélodique de quatre mesures, et le reproduit un demi-ton plus bas sur quatre mesures. Le clavier a une sonorité proche de l’Hammond. La fluidité et la précision rythmique du guitariste laisse sans voix. Les flots de notes pendant les solos sont joués avec haute précision. Le clavier sur  » Swing 42″ joue un motif un peu sombre et mystérieux, avant que la guitare ne présente la mélodie joyeuse. Les sons du clavier sèment le trouble mais ce climat est psychédélique, on entend des accords de puissance très souvent utilisés dans le Rock. Le guitariste sur « Heavy Artillery » inclut un arpège qu’il composa pour cette reprise, le clavier attire l’attention sur lui, par ces sonorités peu communes. Avec la magnifique reprise de « Django’s Castle » intitulée « Manoir de mes rêves », la guitare fretless a un son croustillant, et les balais de batterie sont très apaisants. « Anniversary Song » et son groove retenu, laisse entendre des accents d’orient pendant le solo de guitare. A 5’05 les salves du clavier donne un tonus incroyable avec un solo de batterie. Le son fuyant du synthétiseur sur « Cavalerie » installe un climat de torpeur. Après un motif et une mise en place joués en boucle pendant quelques mesures, le guitariste se lance sur les chemins du swing. Le son de clavier de Neil Alexander fait penser à Joe Zawinul, le swing impulsé par le batteur Michael Sarin est tenace. La finesse et le toucher sensible des trois musiciens sur « Douce Ambiance ». Le toucher de guitare est pur la sonorité de l’Hammond donne l’impression que Jimmy Smith s’est invité le temps du morceau. « Hungaria » moins rapide que l’original est joué façon groove. Sur « September Song » qu’affectionnait Django, le toucher avec la guitare fretless est doux et les accents bluesy séduisants. Cet album de reprises de Django détonne par la modernité des arrangements et des rythmes. Rez Abbasi revisite avec un esprit Jazz Rock, le génie du Jazz Manouche, dans un projet qui sort vraiment de l’ordinaire !

SUR LA ROUTE DU JAZZ/ DE L’ÉLECTRICITÉ DANS L’AIR

Herbie Hancock/

Le Jazz Rock est né avec Miles Davis qui fut aussi un pionnier du Jazz Cool. Certains de ses protégés explosent au début des années 70, comme Wayne Shorter et Joe Zawinul qui se lancent dans l’aventure Weather Report en 1970. Le pianiste Herbie Hancock qui était déjà un pianiste de grande renommée, s’aventure dans cette voie en jouant du clavier électrique, et utilise une large palette de sons. Avec ce morceau « Fat Albert Rotunda » le groove est terrible, les cocottes de clavier ressemblent à des cocottes de guitare. Le thème est un court motif joué par la trompette le saxophone et le trombone. Le solo de saxophone de Joe Henderson monte en puissance, la sonorité est rugueuse. Ce disque un des premiers du courant Jazz Rock et plus largement du Jazz Fusion. Cet album est pour Herbie Hancock, une base pour son projet des Headhunters qui verra le jour en 1973.

ACTU CONCERT/ LE RELAIS DU LAC

Vous voulez assister à des concerts de jazz dans un endroit chaleureux. Depuis le 4 septembre, le restaurant « Le Relais du Lac » en bordure du Lac d’Enghien, vous accueille chaque vendredi avec du bon swing. Les chanteuses et chanteurs, sont accompagnés par le piano ou par une guitare et la contrebasse. Ces artistes proposent un Jazz accessible et convivial !

https://www.facebook.com/rdl.relaisdulac