NOUVEAUTÉ ALBUM/ BLACK ART JAZZ COLLECTIVE

L’ouverture de l’album se fait sur une composition complexe qui attire l’attention plus sur le rythme que sur la mélodie. La batterie et la contrebasse sont subtiles, les phrases de piano sont claires bien articulées. La section rythmique et ses mises en place soutiennent bien le saxophone et la trompette. La seconde plage est un hommage au pianiste Larry Willis. Le thème repose sur une alternance entre rythme binaire et swing effréné. La trompette de Jeremy Pelt devient aérienne à 2’43 avec une walking bass puissante et un drive de batterie Sur le morceau « Twin Towers », l’introduction du piano toute en douceur laisse la place à un thème enflammé. Le solo de saxophone de Wayne Escoffery est sur les chapeaux de roue, James Burton III au trombone est impressionnant sur la sonorité, les notes sont d’une clarté rarement égalée pour cet instrument. Le trompettiste Jeremy Pelt joue une improvisation dans un style à la Freddie Hubbard. « No Words Needed » est un interlude apaisant avec des nappes de cuivre raffinées. « Tulsa » est un thème au rythme binaire très entraînant. « Iron Man » est un morceau qui exprime l’espoir. Le très joli thème « For the Kids » à la fois calme soul funky me fait penser au morceau de Roy Hargrove « Roy Allan ». Si le dernier thème « Birdie’s Bounce » est peu accessible, l’énergie du groupe est intacte, les improvisations sont captivantes.

SUR LA ROUTE DU JAZZ/ L’ÈRE HARD BOP, LE JAZZ A LE BLUES

L’ÈRE HARD BOP – LE JAZZ A LE BLUES/ JIMMY SMITH AND WES MONTGOMERY

Le Jazz à la fin des années 50 est fortement imprégné du Blues avec des rythmes Soul. Le Hard Bop conserve le langage du Be-Bop mais les rythmes sont souvent binaires, funky et groove. Nous écoutons un magnifique duo, l’organiste Jimmy Smith et le guitariste au pouce magique, Wes Montgomery sur le disque « Further Adventutes of Jimmy and Wes ». Sur le fameux morceau de Miles Davis « Milestones », composition modale où un seul accord dure pendant plusieurs mesures, une section prestigieuse de cuivres dirigée par Oliver Nelson déroule le thème et donne aux deux solistes un élan incroyable. La guitare et l’orgue Hammond sont habités par l’esprit blues et par un swing enflammé. Wes Montgomery et son toucher inimitable démarre avec quelques notes et développe des phrases dynamiques et mélodieuses. Jimmy Smith royal par la fluidité des notes met encore plus en relief les intonations blues. A 3’10 on savoure une phrase de folie avec des intervalles surprenants. Les solos de ce morceau sont d’un grand dynamisme, et sont un bel équilibre entre Blues et phrases d’esthétique be-bop.

ACTU JAZZ/ DIANA KRALL

Nous avons parlé l’autre jour de la sortie du dernier album de la chanteuse et pianiste. Parmi les titres de l’album qui paraîtra le 25 septembre prochain, nous pouvons écouter en avant première, la reprise du standard d’Irving Berlin « How deep is the ocean ». La chanteuse Canadienne nous propose une interprétation très intimiste très bluesy qui nous donne le frisson. La batterie commence toute seule, à laquelle se joignent contrebasse, accords de piano et guitare, et la voix intimiste et envoûtante de Diana Krall. Les quelques notes de guitare et de piano pendant le chant sont toutes en discrétion. Les solos de guitare et piano sont minimalistes, seules les belles notes guidées par le blues se dégagent. Cette version très émouvante nous rend impatients d’écouter ce disque qui sort le 25 septembre chez Verve.

NOUVEAUTÉ ALBUM/ JORDAN SEIGEL

JORDAN SEIGEL/ BEYOND IMAGES

C’est un album inspiré des musiques de film que le pianiste affectionne, des bandes originales d’Henry Mancini, Jerry Goldsmith et Ennio Morricone. Le pianiste nous accueille dans le calme avec « Departure », un morceau à l’ambiance Folk sur lequel il caresse les touches et au cours duquel les balais sont tout en douceur. Sur le second morceau « Something’s up », le saxophone au son de velours et le piano jouent au chat et à la souris. L’univers est proche de celui de la Panthère Rose. « The Lake House » est un mélange d’ambiances entre Folk et Classique, avec des cuivres et des vents qui évoquent l’évasion. A 2’31, le discours au piano est bluesy. Le morceau « No chance », assez surprenant, nous amène du côté de la Pop avec une voix transformée par les effets sonores. On a le sentiment de la fragilité de l’effondrement. L’orchestre à cordes sur « The Woods », l’introduction du violoncelle laissent l’imagination prendre la place. De la gravité et de la tristesse s’installent et la composition nous fait naviguer vers le tango. « Baker Street Caper » est introduit par les cordes et passe ensuite en trois temps où l’on entend les cuivres avoir des accents blues et les vents jouer des ornementations légères. « Song for Porter » est très émouvant, la mélodie nous touche, la contrebasse est pure et joue des notes d’une rondeur extrême. Le piano, dans un solo aux accents nostalgiques, est magnifiquement soutenu par les cordes. Le pianiste et son orchestre nous font voyager du côté de l’Amérique du Sud. Le sax alto joue un solo mélodieux sensuel, le piano respire, le côté mélodique ressort. L’album se termine avec un morceau qui laisse entendre cette symbiose entre les musiciens. Le piano se ballade sur les notes de velours de contrebasse. La finesse et la sensibilité règnent sur chacun des instrumentistes. Le projet est très bien écrit, les arrangements pour l’orchestre sont réalisés avec justesse sobriété et nuances.

ACTU JAZZ/ PAT MARTINO

Le guitariste Pat Martino, l’un des héritiers de Wes Montgomery, au parcours hors du commun, traverse de graves problèmes de santé qui représentent pour lui un coût très important. Son entourage a donc lancé un appel aux dons. Le guitariste qui est doté de la plus grande fluidité en matière de phrasé, avec une précision rythmique exceptionnelle, ne peut donc plus jouer. Pour qu’il nous fasse encore rêver le plus longtemps possible avec ses improvisations limpides, effectuez un don sur le site: www.gofundme.com/f/pat-martino-fund

SUR LA ROUTE DU JAZZ/ DE L’ÉLECTRICITÉ DANS L’AIR

Le Jazz vient rencontrer le Rock à la fin des années 60. Nous avons déjà évoqué Miles Davis et ses explorations d’autres univers. En 1969, il enregistrera deux disques importants dans l’histoire du Jazz Rock « In A Silent Way » et « Bitches Brew ». Aujourd’hui, nous parlons d’une autre formation majeure de cette période. En 1971, le pianiste Joe Zawinul crée avec Wayne Shorter et Miroslav Vitous le groupe « Weather Report ». Le premier album du même nom nous laisse entendre toute la maîtrise de Zawinul aux claviers électriques, qui ne retournera plus jamais au piano. Après un premier morceau « Milky Way » aux nappes de clavier qui nous amène dans un monde étrange, la contrebasse et la batterie d’Alphonse Mouzon nous offre un groove subtil sur « Umbrellas » et « Seventh Arrow ». Écoutons la composition « Orange Lady » au cours de laquelle le clavier nous envoûte par ses nappes délicates, et ses notes de soprano apaisantes. Cette mélodie très douce et sa torpeur nous invitent au rêve, au relâchement et à la décontraction.

NOUVEAUTÉ ALBUM/ NICOLE ZURAITIS

NICOLE ZURAITIS/ ALL WANDERING HEARTS

Cette chanteuse et pianiste commence son album par une composition apaisante, aux allures Folk, avec des arpèges de piano oniriques. Les lignes de guitare électrique légères et douces, laissent dégager quelques harmoniques et des single notes qui s’envolent. Le pont est composé de notes lancinantes qui durent. A 3’02 les accords sont magnifiques de nouveaux horizons se dessinent. « The way home » très Soul très romantique avec des instruments en retenue où la nuance règne. « Over drive mind » est une belle ballade bluesy en 6/8. La chanteuse peaufine ses mélodies, les arrangements sont de la couture. La séquence à 2’56 est plus dynamique, la guitare est saturée, les variations de métrique intéressantes. « Gold » est plein de poésie, les arpèges de piano et de guitare sont en symbiose. Le solo de clavier électrique est aérien. « Sugar Spun Girl » est loufoque mais le mélange entre guitare et piano est très réussi. « Rock bottom » et son arpège de piano lancinant subliment cette mélodie pop magnifique.  » Lullabye » est d’une douceur intense, le piano est en pleurs. Sur « Send me on my way », l’intro de piano me rappelle « My Favorite things ». A 1’29 le rythme devient entraînant presque groove. Sur la reprise de Prince  » I would die for you », les arrangements sont de la haute couture, les voix amènent beaucoup de profondeur. « What a wonderful world » avec des nouvelles couleurs harmoniques illustrent la sensibilité de cette pianiste et chanteuse. Sur le plan mélodique, Nicole Zuraitis est une grande plume et une orfèvre pour les arrangements. Cette artiste est une très belle découverte pour ceux qui aiment la folk et le jazz avec quelques pépites de groove.