SUR LA ROUTE DU JAZZ/ LE JAZZ ROCK: DE L’ÉLECTRICITÉ DANS L’AIR/ WE WANT MILES

Il y a quarante ans, le trompettiste Miles Davis revenait sur le devant de la scène après s’être arrêté pendant une longue période. Après un album studio « A Man With The Horn » datant de 1980, le plus connu des Jazzmen part dans le monde entier pour une tournée qui sera restituée sur un enregistrement intitulé « We Want Miles ». Ce live contient les meilleurs moments des concerts donnés par le groupe à Boston New York et Tokyo. Entre Jazz Rock et Jazz Funk le groupe que forme Miles est une équipe de rêve. « Jean Pierre » est une paraphrase de comptine pour enfants, au cours de laquelle la basse de Marcus Miller les percussions de Mino Cinelu Mino Cinelu Fan Page et la batterie d’ Al Foster, impulsent une ambiance puissante enflammée. Avec une telle section rythmique, la trompette feutrée, le soprano de Bill Evans et la guitare fougueuse de Mike Stern balaient tout sur leur passage. Le solo de guitare au son saturé, est un volcan de phrases blues rock agrémentées de chromatismes. La frappe des percu et de la batterie apporte un groove envoûtant.  » Fast Track » thème avec seulement trois notes laisse libre cours à quinze minutes de transe. Le motif oriental donne l’élan à Miles pour faire un solo aux notes solides et aiguës. Mike Stern tient décidément une place importante dans ce quintet. Le solo nerveux s’inspire à la fois de l’esprit Hendrixien et du Be-Bop. Le solo croisé de Mino Cinelu et d’Al Foster est un grand moment de l’histoire du Jazz Rock. Avec le morceau « Kix » et la reprise du standard « My Man’s Gone Now » le groupe joue des séquences imprégnées de swing, que le trompettiste ne jouait plus depuis la période électrique. Le saxophoniste Bill Evans qui joue avec le soprano sur la plupart des titres, part sur les chemins post Coltraniens avec son ténor sur le morceau « Kix ». « Back Seat Betty » est une mélodie également très simple où le groove sommeille sans jamais provoquer une explosion de sons. Les cocottes guitare et basse sont sublimes. Avec les harmonies ouvertes cette composition est la plus cool du disque. Miles Davis savait créer des univers sonores uniques mêlant plusieurs styles comme le Rock, le Blues, la Soul le Funk.

ACTU JAZZ/ SORTIE ALBUM /ELIANE ELIAS

La pianiste Brésilienne invite sur son dernier opus l’immense Chick Corea disparu l’hiver dernier. Pour cet album qui s’intitule « Mirror’s Mirror », les deux pianistes forment un duo de grande classe sur un standard de Chick « Armando’s Rhumba ». Les flots d’arpèges sont d’une grande densité se rapprochant de la musique baroque. Sur cette mélodie proche du Tango contenant de multiples accents nostalgiques, l’écoute mutuelle est grandiose. Chick Corea expose le thème assorti d’arpèges virevoltants. Moment magnifique lorsque la pianiste Brésilienne attend que Chick Corea finisse sa phrase pour poursuivre l’élan de l’improvisation à 1’50. Sur ce rythme sautillant et joyeux, Eliane Elias Eliane Elias Music montre son enthousiasme de dialoguer avec ce géant du piano. L’histoire qu’ils racontent à deux transmet un dynamisme débordant! Vous pourrez écouter ces morceaux doux et savoureux à partir du 10 Septembre.

NOUVEAUTÉ ALBUM/ CECILIE STRANGE/BLIKAN

L’amour du Jazz est largement répandu dans les pays scandinaves. Le pianiste Norvégien Esjborn Svensson disparu trop tôt, avait renouvelé l’esprit du trio piano contrebasse batterie un nouveau souffle. En Suède, le tromboniste Nils Landgren joue une musique chaleureuse truffée de groove et de Funk. Au Danemark aussi les musiciens sont au rendez vous. La saxophoniste Cecilie Strange joue un Jazz de cristal, où les arpèges qu’esquisse le pianiste enveloppées par la contrebasse, évoquent une certaine fragilité accentuée par les craquements des balais. À l’écoute du premier morceau « Eudaimonia », le quartet révèle un Jazz axé sur la quête de pureté, où la légèreté du toucher de chacun atteint un grand lyrisme, sans virtuosité. L’émotion se poursuit sur »The Clearing » une séquence en plein apaisement. L’abstraction s’installe le temps est suspendu sur « The Dance#9 », une composition exprimant tristesse souffrance. Les instruments s’entremêlent sur fond d’un voile sonore. Le piano la contrebasse et la batterie ne font qu’un. La profondeur s’immisce lentement avec l’archet de la contrebasse sur « When Sunny Smiles ». Malgré l’intitulé plutôt optimiste, la noirceur et le doute règnent sur cette composition. La saxophoniste maintient le même climat sur le morceau suivant « Wild Flower », où bruits de cymbales et accords dissonants créent du trouble et du doute. Sur une note de basse bien grave, le piano déploie ses arpèges et le saxophone s’installe doucement. Au fil des notes du saxophone, un souffle éclot. La clôture du disque est étrange, le saxophone se faufile sur les rythmes de batterie. Si une certaine froideur ressort de cet opus, il est malgré tout mystérieux. Ce Jazz abstrait demande un niveau d’écoute mutuel élevé de la part du pianiste Peter Rosendal, du batteur Jakob Hoyer et du contrebassiste Thommy Andersson.

INFO TRISTESSE/ CHARLIE WATTS/ 1941-2021

Depuis hier, je lis les dépêches dans la presse ainsi que les Tweets d’hommage au batteur du plus grand groupe de rock de la planète. Charlie Watts s’en est allé à 80 ans après avoir sillone la planète en compagnie de ses complices Mick Jagger, Keith Richards, Ronnie Wood , Bill Wyman et Brian Jones. Il était comme les autres, un grand amoureux de Blues. En plus d’être un batteur aux rythmiques binaires bien punchy sur des morceaux inoubliables, comme « Satisfaction » « Honky Tonk Women », « Jumpin Jack Flash », sa fascination pour le Jazz révéla au public un rythmicien au jeu fin et doux. Il était comme vous le verrez sur la vidéo, que je vous propose, un musicien timide, sobre discret élégant. Il a l’admiration de nombreux musiciens de tous horizons y compris du Jazz, pour sa simplicité et son ouverture d’esprit. Vous verrez tout le contraste entre le Charlie Watts batteur des Stones et le Charlie Watts au jeu fin lorsqu’il caresse ses toms des balais. La reprise du standard « Lover Man » illustre cette délicatesse partagée par les musiciens du groupe. Le thème est joué par le saxophone et la trompette à tour de rôle. Le chanteur reprend lui aussi le thème dans un esprit Soul. Derrière, le batteur fait crépiter les balais. Il ne prétendait pas inventer ou innover, il jouait juste pour le plaisir des standards, des ballades comme le jouaient les musiciens de Be-Bop dans les années 50, avec romantisme et émotion. Le batteur le plus connu de la planète est un de ces artistes qui aimaient naviguer entre le Rock Blues et le Jazz !

ACTU CONCERT/ FESTIVAL DE JAZZ À AJACCIO

Entre le 22 et le 25 septembre prochain, la capitale de la Corse vivra au rythme du Swing. Le groupe vocal Family Quartet sera le premier à se lancer sur la scène. Entre morceaux acapella et ceux accompagnés par l’orchestre, vous serez bercés par les douces harmonies des différentes voix. ANNE PACEO et son groupe Bright Shadows continue ses explorations au croisement de la Pop, du Rock et de l’Electro, auxquels le Jazz s’invite de temps en temps. Entre chants incantatoires et rythmes binaires, la musique de la batteuse est très personnelle. Le lendemain, place au groove en compagnie du crooner Kurt Elling, à la voix chaude et sensuelle accompagné du guitariste Charlie Hunter, pour un programme Soul et Funk qui mettra le feu. L’alliance entre la voix suave et les cocottes très groovy du guitariste, est une merveille. La première partie sera assurée par le guitariste classique Jean Baptiste Gomez qui vous invitera dans son univers de morceaux romantiques, aux accents nostalgiques du Tango. Le 24 septembre, la chanteuse Michelle David & The True-tones vous entraînera dans l’univers de la Soul et de l’Afro Beat, avec quelques pointes de Jazz. Le groupe Oxy propose un mélange rap et électro en première partie. Le dernier soir vous pourrez découvrir le trio du pianiste Noe Chantraine qui compose un Jazz syncopé énergique audacieux. Avec un groove chaud et un toucher percussif, la signature du pianiste est intéressante. Ce groupe a sorti l’album « Chantraine Trio », un disque qui mérite d’être écouté. Entre arpèges, accords plaqués et phrases sensuelles, ce pianiste est très prometteur. Le chanteur pianiste Américain Peter Cincotti en seconde partie, jouera un Jazz plus traditionnel composé de standards pour caresser parfois l’univers de la Pop. L’extrait proposé dans le programme de présentation est une chanson intitulée « Heart Of The City » pleine d’espoir et d’optimisme. Avec des artistes venus d’horizons divers et variés, le Festival de Jazz d’Ajaccio touchera de nombreux publics.

http://www.jazzinaiacciu.com/programmation.html

SUR LA ROUTE DU JAZZ/ LES RACINES DU BLUES/ JOHN LEE HOOKER/

L’exploration des racines de la musique Afro Américaine nous a conduit à écouter les pionniers comme Gertrude « Ma » Rainey, Robert Johnson Charley Patton. Cette musique minimaliste repose avant tout sur le feeling et l’émotion. Les Bluesmen tournent autour de trois ou quatre accords en improvisant à partir de notes qui sont toujours les mêmes. Malgré cela, plus d’un siècle après son éclosion, la magie de cette musique produit sur nous le même effet. Le guitariste chanteur et harmoniciste John Lee Hooker jouait sur guitares seches et électriques. Souvent il jouait des Boogie qui enflamment rapidement les auditeurs. Les croches redondantes avancent et nous sommes pris dans les tourbillons du rythme. Une collection intitulée « ABC OF THE BLUES » en 34 volumes contient des enregistrements anciens réalisés entre 1948 et 1954. Sur le titre « Dimples », le guitariste joue un riff au son saturé qu’il ponctue de bends. Il joue ensuite « I’m in The Mood », en accentuant des triolets sur un tempo cool. « Boogie Chillen » est plus entrainant avec ce riff joué en boucle et cette voix puissante. Les notes sont jouées spontanément, l’attaque est franche. Le son est parfois approximatif mais l’esprit du Blues c’est de rester à l’état brut. En écoutant « Sally Mae », j’entends bien la filiation avec Robert Johnson. « Hoogie Boogie » laisse entendre un jeu nerveux qui inspirera le riff des ZZ Top de « La grange ». Le rythme est ici plus entraînant que les Blues cool. John a un jeu percussif tout en rythmique. À la guitare acoustique, il nous envoûte avec sa voix rauque et ses accords en triolets. Malgré un jeu rudimentaire, l’émotion est au rendez vous avec cet artiste qui influencera Clapton, Jeff Beck, Keith Richards et autres guitaristes du British Rock. John Lee Hooker est un des plus grands Bluesmen avec Robert Johnson Muddy Waters , B.B King. Je vous laisse écouter un morceau joué à l’acoustique « Drifting From Door To Door » avec tous ces tirés de cordes sur la guitare sèche et ces glissés en triolets de croches.

NOUVEAUTÉ ALBUM/FAY CLAASSEN DAVID LINX

FAY CLAASSEN DAVID LINX/ AND STILL WE SING/

Cet album réunit peut être les vocalistes les plus élégants de la scène Jazz Européenne. La chanteuse Hollandaise Fay Claassen et le chanteur compositeur David Linx se retrouvent pour un sommet de Jazz Vocal. Accompagnés du WDR Big Band, les voix sont enrobées d’arrangements de cuivres énergiques denses et d’une précision extrême. Le duo nous émerveille au fil des dix titres. L’ouverture du disque avec « Sum It Up » est absolument éblouissante, où après des nappes de cuivres puissantes, les deux artistes placent la technique vocale à un niveau élevé. Les débits de paroles en mode slam mélangés aux interventions de la section de cuivres sont d’une grande modernité. La densité des interventions du Big Band accroît l’intensité du morceau. Plus trouble et plus triste est la ballade qui suit, « Along Goes Betty ». La fusion des voix est toujours aussi magnififique, d’autant que la flûte est aérienne. Les agencements des différents instruments révèlent un travail d’orfèvre de la part du chef d’orchestre Magnus Lindgren Music de Bob Mintzer et d’autres. Les élans blues donnent le frisson tout comme la tenue des cuivres sur les dernières mesures. Les arpèges de piano auxquels s’ajoutent les éclats sonores de cuivres nous font entrer dans un univers onirique. La chanteuse commence toute seule le morceau « Waterfalls » pendant dix mesures, avant d’être rejointe par son partenaire. Les envolées des deux voix très émouvantes donnent lieu au solo de saxophone ténor enflammé. La chanteuse montre qu’elle groove en toute décontraction, comme on l’entend sur « Good Times ». Le saxophone alto léger et véloce se promène sur ce rythme en trois temps. La joie ressort de ce morceau qui transmet beaucoup d’euphorie. C’est au tour de David Linx de s’exprimer en solo sur « Tackle and Dabble », un morceau au rythme binaire bien marqué. Il entonne une mélodie dynamique à la tonalité nostalgique et scatte même sur des motifs orientaux. La trompette lance un solo avec des pointes hispanisantes. Une des reprises du disque est « In A sentimental Mood » aux arrangements sombres et Bluesy. Le soprano nous rappelle la version intemporelle de Duke en compagnie de John Coltrane. Le solo exprime la nostalgie et une certaine fragilité. Fay Clayssen lance des vibes séduisantes. Après une intro de cuivres sur les chapeaux de roue, le tempo up-swing du Big Band sur « Feel Rhe Beat » stimule les deux artistes. Les improvisations croisées illustrent l’écoute mutuelle. Les harmonies évoquent le Jazz Modal des années 60 et les ambiances des morceaux comme « Inner Urge ». David Linx entonne en Français « J’me prépare » avec des mots délicats enveloppés par des nappes soyeuses. La flûte romantique se marie à la voix sensuelle du chanteur Belge, sur des arrangements qui sonnent Soul. « I Will Build Myself A Nation » donne l’occasion aux deux chanteurs de mettre la musique sous le signe de la classe et de l’élégance. Après une montée en puissance des deux voix, le piano déroule une improvisation aux phrases groove et Be-Bop. Les orchestrations toujours denses sont un vrai régal. David Linx lance des séquences Slam pendant que la chanteuse le suit en contrechant. Clôture dans le calme avec les voix de velours et cette ballade « Rebirth », un morceau qui par son esprit évoque le caractère éphémère des choses. L’intensité de ces deux magnifiques voix monte au fur et à mesure de cette chanson qui sert de final à ce projet « And Still We Sing » est un des grand albums de l’année 2021. Ce duo accompagné par l’un des plus grands Big Bands du Jazz, vient de réaliser un grand disque, que l’on réécoute sans se lasser! « And Still We Sing » paraît le 10 septembre prochain chez Jazzline.

ACTU CONCERT/ Festival Jazz à la Villette

Les Jazzmen reviennent sous la grande Halle de la Villette, pour une édition encore plus variée que les années précédentes. Dès l’ouverture du Festival, le chanteur José James vous charmera avec sa voix crépitante et chaude, empreinte de Soul. En première partie, JEANNE ADDED en compagnie du pianiste Bruno Ruder, proposera un hommage au chanteur Prince. Le lendemain, plusieurs grands artistes rendront hommage au saxophoniste Manu Dibango – Officiel disparu en 2020. Angélique Kidjo le pianiste Cheick Tidiane Seick seront là pour célébrer celui qui a chanté l’Afrique avec son saxophone dans le monde entier. Autre belle soirée avec le trompettiste audacieux Ambrose Akinmusire qui voyage à travers plusieurs horizons. La chanteuse Cecile McLorin Salvant Music sera en toute intimité accompagnée du pianiste Dan Tepfer. Le lendemain, place aux musiques psychédéliques avec Louis Cole et la jeune Emma-Jean Thackray qui envoie des nappes chaleureuses de claviers, sur fond de groove et de Hip-Hop. Le Festival met le piano en avant, avec BOJAN Z et le pianiste Libanais Bachar Mar-Khalife, mêlant poésie et arpèges tourbillonnants. Autre grand duo, celui composé par RAY LEMA et Laurent de Wilde, où la musique évoque profondeur euphorie, gravité et légèreté. Les deux pianistes construisent un univers chaleureux. Le pianiste Shai Maestro vous emmènera en Orient avec sa musique raffinée. En première partie, la bassiste Ellen Andrea Wang propose une musique incandescente. L’altiste Thomas de Pourquery et son groupe « Supersonic » jouent un Jazz cosmique entre la galaxie de Sun Ra et celle de John Coltrane. En première partie, vous pourrez découvrir l’altiste Cassie Kinoshi et sa musique puisant dans le Blues aux envolées Free. L’éclectisme de ce Jazz à la Villette provoque la rencontre entre le représentant de l’Electro Jazz Nils Petter Molvaer et le pianiste Gauthier Toux et ses inspirations Folk. Le chanteur Anthony Joseph présentera une musique engagée et puissante. Le Samedi 11 septembre, la musique Sud Américaine enflammera la Halle. Les rythmes endiablés du El Comité / Mansfarroll « Dizzy El Afrocubano » | Festival Jazz à la Villette vous feront bouger. Le saxophoniste Julien Lourau dont nous avons parlé l’autre jour, reprendra les grands morceaux du label CTI. Enfin en clôture de ce Festival, la chanteuse Béninoise Angelique Kidjo exprimera son engagement à travers des textes d’une grande sensibilité.

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