SUR LA ROUTE DU JAZZ/ ART ENSEMBLE OF CHICAGO/ THE FANFARE FOR THE WARRIORS

Avec la volonté de célébrer la tradition et de s’orienter aussi vers l’avant garde, la formation dont nous parlons se trouva attirée par le Free, dont les élans de liberté étaient une réponse au climat politique très dur de l’époque. Parlons de leur album « Fanfare For The Warriors » publié chez Atlantic. Sur fond de déstructurations harmoniques, la première plage « Illistrum »est émaillée de longues séquences où l’on entend la voix du conteur. La trompette de Lester Bowie très feutrée se mêle aux percussions et au piano de Muhal Richard Abrams. Les tensions sonores et les dissonances se poursuivent au début du second morceau « Barnyard Scuffle Shuffle ». La rythmique déroule ensuite une tourne de Blues sur laquelle les cuivres rugissent. Le deuxième morceau donne l’impression d’une fanfare alliant l’influence de Charles Mingus et du Free. Mystérieuse telle est la musique de ce collectif. Le piano est un instrument à percussions. Le Free domine sur le plan esthétique ce projet. Les cuivres de « The Fanfare of The Warriors » expriment la souffrance. Les saxophones de Joseph Jarman et de Roscoe Mitchell s’etranglent pour en devenir oppressants. Lorsque les saxophones ne s’epoumonent plus, ce sont les flûtes qui s’egosillent sur « What’s To Say ». L’effervescence des flûtes crée une ambiance de carnaval. Le climat musical est proche de l’Amérique du Sud, puis à 2’44, les notes de flûte et de piano de Muhal Richard Abrams apportent de l’espace, de la respiration et de la profondeur. L’ambiance sombre sur « Tnoona » est angoissante. Les quelques notes de la contrebasse le souffle nous angoisse. Bien que très court, le dernier morceau « The Key » fait planer le bonheur et la joie avec le tempo médium swing de Don Mouye, sur lequel les voix loufoques s’expriment. Pourt transmettre son message politique, l’Art Ensemble of Chicago tisse une toile esthétique renversante afin de faire ressentir l’aspiration à la liberté et à l’égalité.

NOUVEAUTÉ ALBUM/ JOEY DEFRANCESCO/ PROJECT FREEDOM

Le plus grand organiste de Jazz de notre époque, a publié un album intitulé « Project Freedom » chaleureux et plein de groove. En guise de prélude Joey DeFrancesco vous propose quelques accords du morceau « Imagine ». Le titre éponyme très Hard Bop vous fera voyager à toute vitesse. Les nappes d’orgue sur lesquelles se posent des notes de sax, nous font rentrer progressivement vers ce thème joué comme un tourbillon. Des passages du thème me font penser au standard « You And The Night And The Music ». Le saxophone part dans un solo sur une grille à la structure peu commune. Le guitariste a lui aussi une fluidité phénoménale. Dan Wilson se rapproche de Peter Bernstein par le son et de Pat Martino par l’aisance technique. Le batteur Jason Brown à la frappe sèche apporte une sacrée dynamique. Le thème suivant « The Unifer » plus Soul laisse l’organiste partir dans des phrases Bluesy. Les nappes de clavier très cristallines soutiennent le saxophoniste Troy Roberts qui joue dans un esprit à la Sanborn. Les arpèges de guitare lumineux et les vibes solaires de l’orgue amènent vers un rythme Funk absolument entraînant. La métrique que nous cherissons celle en trois temps arrive sur le morceau « Better Than Yesterday ». Les flots de guitare sont absolument renversants. « Lift Every Voice And Sing » comporte des accents Blues et Folk. La guitare et le sax maintiennent une certaine euphorie a laquelle l’orgue participe. Sur le thème « One », la trompette donne une touche de sensualité. À 0’57, les notes de guitare surgissent sur ce rythme latin plein de convivialité. Joey Defrancesco reprend le thème de Miles Davis intitulé « So Near So Far », figurant sur l’album « Seven Steps To Heaven ». Cette mélodie porte l’espoir, la polyrythmie accentue l’impression festive. Sur les dédoublements de tempo, les solistes s’envolent à l’image de Troy Roberts ou de Dan Wilson qui livre un festival de chromatismes. Le quartet joue ensuite une ballade sensuelle intitulée « Peace Bridge » aux accents Coltraniens. Dans ce style Hard Bop, les formations jouent souvent un Blues mineur comme « Birks Works » ou « Mr PC ». Tel est le cas du morceau « Karma ». Le groupe rend un bel hommage au Gospel aux Work Songs avec le morceau « A Change Is Gonna Come ». L’orgue porte la flamme sonore incandescente auprès de laquelle les autres instruments puisent une énergie terrible. Sur un 12/8 les pentatoniques fusent de la part du guitariste. Le groupe clôture le disque par un morceau dont la métrique semble être un cinq temps. Le thème mélange dynamisme et apaisement. L’organiste nous enthousiasme toujours autant avec ses florilèges d’accords et ses phrases alliant Blues et Be-Bop. Avec des compagnons triés sur le volet, l’organiste réalise un disque dont on n’est pas prêt de se lasser.

ACTU CONCERT/ JAMES ANDREWS/ JAZZ A LA BUZINE/ 27 janvier 2022

Originaire de la Nouvelle Orleans, ce trompettiste et chanteur se situe clairement dans la lignée de Louis Armstrong. De ce Jazz Originel, se dégage souvent un climat festif. James Andrews joue une musique qui mêle tradition et accents Soul Funk. Si vous écoutez l’album intitulé « James Andrews and Trombone Shorty Brothers », vous comprendrez l’apport du New Orleans dans la conception du rythme. Le lien indéfectible entre binaire et ternaire s’entend au fil des différents titres. Le morceau « Bourbon Street Parade » illustre bien cela. Les improvisations collectives avec le sax et le trombone recréent l’ambiance de la fanfare à l’image du morceau « Lil’liza Jane ». Le morceau « Zulu King » groove d’enfer. Le swing se libère à merveille sur « Lady Be Good ». « Just Closer Walk with Tree » exprime la fête, la basse électrique joue un solo fluide. Le doublement des mesures sur « Georgia » pour en faire un morceau à 64 mesures est très plaisant. Le musicien Américain jouera en concert le 27 janvier prochain, dans ce lieu magnifique du Château de la Buzine à Marseille. Entouré de Jean Paul Artero à la contrebasse, Jean François Bonnel au sax, Matthieu Maigre au trombone, Stephane Mondesir au piano, Bernard Cesari à la batterie, le trompettiste fera swinguer l’assistance.

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SUR LA ROUTE DU JAZZ/ LE SWING/ GERRY MULLIGAN MEETS BEN WEBSTER

Deux héros du saxophone ayant près de vingt ans de différence, se réunirent pour célébrer la raison d’être du Jazz, des mélodies heureuses et emplies de swing. Festif et convivial, voici le Jazz que Gerry Mulligan et Ben Webster Ben Webster _ Verve Records jouaient comme la plupart des musiciens de cette époque. Cette rencontre fit l’objet de deux sessions au cours desquelles la sonorité souple et ronde des deux saxophonistes, traduit la joie d’improviser ensemble. La session démarre par un morceau d’un compositeur que les deux saxophonistes affectionnaient tout particulièrement, Billy Strayhorn The Billy Strayhorn Orchestra, arrangeur fétiche de Duke Ellington Duke Ellington – Verve Records. S’ils affectionnaient les standards, ils jouent aussi des compositions originales comme « The Cat Walk » aux accents Bluesy. Les notes de piano jouées stride par Jimmy Rowles, introduisent le morceau « Sunday ». Les notes de velours de Webster sont enrobées des notes de Mulligan. Sur « Who’s Got Rythm », les deux saxophonistes livrent un concentré de swing à l’état pur, où la contrebasse ronronne à merveille. Suave, la ballade « Tell Me When » où les crépitements des sax sont très agréables. Envoûté par le Blues et le Gospel, le groupe étire les notes sur « Go Home » blues très minimaliste. Duke est à l’honneur avec une reprise du titre « In A Mellow Tone », mélodie douce au swing cool. Les contrechants sont tout à fait plaisants. Qui dit grands compositeurs mis à l’honneur, la session ne peut passer à côté d’un morceau signé Cole Porter, « What is This Thing Called Love ». Le morceau « Fajista » démarre sur une pédale de piano et de contrebasse dont la mise en place est astucieuse. Le toucher soyeux du contrebassiste Leroy Vinnegar et du batteur Mel Lewis sont au service des deux saxophonistes. Le Blues est décidément une valeur sûre comme on l’entend avec « For Bessie » et « Blues In B Flat ». Enregistrée en 1959, cette session de collaboration entre Gerry Mulligan et Ben Webster fut récompensée par la presse Jazz. Elle représente le passage de relais entre le Middle Jazz et le Jazz moderne teinté de Be-Bop et de Cool. Cette rencontre fut imaginée par le grand producteur Norman Granz.

NOUVEAUTÉ ALBUM/ SYLVAIN BEUF/ TIME FEEL

Dès les premières secondes de ce très beau disque, me revint à l’esprit la première fois que j’entendis Sylvain Beuf, Sylvain Beuf – Saxophoniste – Compositeur au Sunset en 1996. Sa sonorité m’a tout de suite plu. Il jouait ce soir là en tant que sideman du quintet du vibraphoniste David Patrois. Son empreinte, son souffle au ténor comme à l’alto sont reconnaissables rapidement. En plus d’un charisme musical, la technique est au rendez vous. Entouré de l’orgue Hammond généreuse tenue par Damien Argentieri et du batteur Fabrice Moreau, le chemin stylistique pris par le trio est un régal absolu. L’ouverture par le morceau « Dear Peter », rappelle que si le grand maître Coltrane n’est jamais très loin, le saxophoniste Français a une présence et un son bien à lui. La version de « Stella by Starlight » montre aussi les talents d’arrangeur de Sylvain Beuf. « Billie’s Bounce » joué au soprano vous fera bouger avec un rythme binaire ternaire subtil. Les envolées de l’orgue sont parfois out pour notre plus grand plaisir. Le pianiste Tom Olivier-Beuf l’un des fils joue dans le groove. Le saxophoniste n’a pas peur de moderniser d’habiller les standards pour en faire des versions imaginatives. De multiples surprises rythmiques vous attendent avec le titre « Rekooche », au cours duquel le trio s’amuse de multiples variations en la matière. Les phrases à toute vitesse vous tiennent en haleine. Le drive du batteur sur les tempo rapides le rapproche de Jeff Tain Watts. Le lyrisme l’impression de fragilité est magnifiquement retranscrite par l’arrangement qui est fait du morceau « Yesterdays » signé Jérome Kern. La clave en 5 temps est très ingénieuse. Le groove s’administre en perfusion sur « Talking Drummer ». Si les trajectoires du sax sont toujours un plaisir, son second fils vous surprendra par ses étincelles de guitare. La Soul et le Blues explosifs vous feront bouger. Sur le morceau suivant, la mélancolie se dessine au fil des notes d’alto, soutenues par l’accordéon qui puise chaque note dans une émotion profonde. Le trois temps créé cet effet de suspension, la rythmique relate ce sentiment d’espoir ». « Summertime » qu’on connaît si bien est repris également avec originalité. L’interprétation est heureuse et groovy. « All The Things You Are » illustre le raffinement des arrangements, la variété du jeu de batterie et les ornementations sonores de l’orgue. Les liaisons entre les notes du sax sont d’une limpidité et douceur extrêmes. Vient ensuite une ballade en l’hommage à un très grand Monsieur du piano moderne McCoy Tyner. « For McCoy » est un clin d’oeil à toutes les harmonies que le pianiste a apportées au début des années 60 dans le quartet de Coltrane. « Speed Betty » est un thème captivant tant par le côté insolite du thème que ses tensions harmoniques. Sylvain Beuf fait sonner le saxophone comme un Be-Bopper de l’époque Avec un son majestueux, l’organiste déroule un discours sophistiqué empruntant au Hard Bop des années 60. Sans doute ce morceau à été écrit en ayant une pensée pour le morceau « Speedball » de Lee Morgan. « Solar » signé Miles Davis est joué avec audace. L’aisance du trio impressionne par les folies rythmiques. La poésie du thème « African Dreams » laisse le cours à des improvisations délicates. Entre ballades tempo up l’émotion est toujours là quelque soit le morceau et le style. L’album montre l’attachement du saxophoniste pour la tradition en y apportant sa touche personnelle imbibée de modernité.

INFO TRISTESSE/SIDNEY POITIER (1927-2022)

Il fut le premier acteur Noir à être récompensé de l’Oscar du meilleur acteur en 1964. Sidney Poitier est mort jeudi 6 janvier 2022 à l’âge de 94 ans. Nous lui rendons hommage pour avoir symbolisé le combat contre le racisme, la lutte en faveur des droits civiques. Parlons du film « Paris Blues » dans lequel il interpréta le rôle d’Eddie Cook, saxophoniste de Jazz installé à Paris qui joue dans le Club 33. Le saxophoniste vient en France pour fuir la ségrégation qui sévit aux États Unis. Il participe aux Jams en compagnie du tromboniste Ram Bowen interprété par Paul Newman et du trompettiste Wild Man Moore joué par Louis Armstrong. Écoutez l’euphorie collective qui se dégage de cette scène. Le saxophoniste et le tromboniste improvisent dans un swing optimiste. Une fois le morceau terminé, le trompettiste surgit et enflamme la salle par une phrase éclatante. La Jam repart et les musiciens se livrent à un échange de phrases vigoureuses emplies de swing. Voici l’hommage que nous rendons à cet immense acteur qu’était Sidney Poitier, à travers une scène impressionnante de dynamisme.

ACTU CONCERT/ DOMINIQUE FILS AIMÉ/ CONCERT 13 JANVIER 2022

La chanteuse Canadienne Dominique Fils-Aimé passera en concert à Cannes, le jeudi 13 janvier au Théâtre Alexandre III. Elle interprétera son album « Three Little Words » sorti l’an dernier. Entre Blues, Soul et Jazz, la jeune artiste propose un climat doux qui prend aux tripes comme sur « While We Wait ». Les mélodies sont écrites avec légèreté à l’image de « You Left Me ». Le groove s’immisce lentement au cours du titre « Could It Be », où les envolées Blues sont intenses. Vous aurez du Blues mais aussi de la Soul sur « Mind Me Up ». On perçoit une certaine fragilité sur « The Healing Song » et même de la spiritualité. La sensibilité de l’artiste puise dans les racines de la musique Africaine, comme on l’entend sur le titre de l’album « Three Little Words ». Les arrangements de cuivres légers bien placés soutiennent une voix très pure qui se décuple en différentes pistes séparées. La chanteuse amène magnifiquement la sensation d’espace et de liberté sur « Love Take Over ». Par la finesse vocale et la qualité des arrangements, la chanteuse livre une merveilleuse version de « Stand By Me » plus triste que l’original. La chanteuse partagera son univers raffiné de polyphonies autour de ses mélodies attirantes.

NOUVEAUTÉ ALBUM/ERIC BIBB/ DEAR AMERICA

« Dear America » est notre première chronique de disques de l’année 2022 même si cette merveille a déjà quelques mois. Le toucher d’Eric Bibb est tout en finesse et ses arrangements de guitare doux et subtils. L’ouverture par « Whole Lotta Lovin » distille de délicatesse. La contrebasse de Ron Carter enrobe les arpèges de guitare. Les sonorités de guitare acoustique sont originales tandis que la guitare électrique rugit grâce au slide. La guitare d’Eric Gales sur « Whole World’s Got The Blues » fusionne avec un riff à la Robert Johnson. Le solo de guitare électrique ainsi que les accords choisis ne sonnent pas comme la plupart du répertoire Blues. Le riff de la chanson qui donne son titre à l’album est plus classique. « Dear America » exprime les interrogations du musicien sur son pays. Les thématiques du passé récent hantent encore la Société Americaine. Le duo avec Chick Campbell est plus groove plus entraînant. L’espoir ressort de la chanson suivante « Tell Yourself ». Le chanteur s’efforce de chercher l’originalité sur les parties de guitare. Les arpèges évoquent la fragilité et la souffrance sur « Emmett’s Ghost ». La contrebasse de Ron Carter enveloppe chaleureusement le chanteur. « White And Black » est une très belle mélodie soutenue par les voix fines. Eric Bibb joue bien le picking et montre une fois de plus ses talents de mélodiste. Les racines du Blues refont surface agrémentées d’un rythme groove sur lequel l’harmonica enflamme la toile sonore. Sur la seconde partie, le riff de guitare acoustique subtil groove à souhait d’autant plus que les cuivres ponctuent par de brèves interventions toujours bien placées. Soul et Groove s’invitent au cours du magnifique « Love’s Kingdom ». Les voix se marient très bien entre elles, la basse déroule un walkin qui met en confiance. Les motifs de guitare sont toujours très subtils la caisse claire crépite le swing est heureux. Vous entendrez l’optimisme et l’espoir au cours du titre final « One Ness Of Love » en compagnie de Lisa Mills. Eric Bibb compose treize morceaux très variés, puisant dans le Blues, la Folk et la Country. Sur des sujets graves, la sobriété et la justesse dont il fait preuve dans le choix des mots, se reflète également dans sa musique. Eric Bibb me fait penser à Bill Frisell par ses paysages sonores apaisants. Cet album est tout simplement magnifique.