NOUVEAUTÉ ALBUM/ THEO CROKER/ BLACK TO LIFE FUTURE PAST

Le trompettiste Américain réalise un très bel album fortement empreint de Hip Hop et R N’B. Un climat étrange s’installe dès l’introduction intitulée « 4 Knowledge ». Les sons arrivent progressivement, le clavier lâche les notes de cristal qui enrobent dès les premiers instants celles jouées par la trompette. Le groove sensuel de la basse et de la batterie met en relief le lyrisme et l’émotion du leader. La voix d’Ari Lennox se marie très bien avec les sonorités du clavier ainsi qu’avec les samples. Le trompettiste se place clairement sur la voie du Hip Hop relaxant et méditatif. Le groove est vraiment séduisant comme on l’entend sur « Anthem ». Theo Croker arrive à créer une sensation d’espace qui apaise l’auditeur. « Lucid Dream » est un chant d’espoir. Le rythme dynamique joué par la boîte à rythme est très entraînant. Lunaire, tel est le morceau suivant au cours duquel les ornementations sonores hypnotiques apportent le calme et la sérénité. « No More Maybe » a quelques accents orientaux appuyés par des rythmes intenses. Du morceau « Happy Feet » se dégage de la convivialité. Vous bougerez bien en compagnie de la chanteuse « Malaya » et des riffs énergiques syncopes. La perle du disque est sans doute « Imperishable Star » et sa mélodie grandiose voire envoutante. Wycleaf Jean est invité à slamer sur « State Of The Uniln 444 ». « Hero Stomp » contraste par l’intensité du motif mélodique au groove puissant. La mélodie pleine d’espérance est un chant de combat. Le titre de clôture « Pathways » tisse une ambiance sensuelle créée par le synthétiseur autour de trois accords. Sur « Pathways », la déclinaison sonore des claviers le toucher du piano acoustique et les notes de trompette sont d’une finesse extrême. « Black To Life » s’inscrit dans le style de ce Jazz Hip Hop dont Roy Hargrove représenta la relève avec son RH Factor. Theo Croker doté d’une très belle sonorité semble prendre le même chemin. Nous terminons donc l’année en plein groove et nous vous souhaitons un joyeux réveillon.

SUR LA ROUTE DU JAZZ/ LE HARD BOP DE WALT DICKERSON/ THIS IS WALT DICKERSON

Nous avons parlé l’autre jour de Gary Burton et de son approche du Jazz mélangée à la Folk et au Rock avec « The Good Vibes ». Grâce à une publication du vibraphoniste sur sa page Facebook, nous découvrons le vibraphoniste Walt Dickerson par son premier disque enregistré en 1961. Entre élans Monkiens aux dissonances harmonieuses, l’album démarre sous les meilleurs hospices. Le quartet commence avec un Blues intitulé « Time » au tempo medium. Le vibraphone cristallin déroule des phrases soyeuses aux flots de notes entraînants. Le second titre est une ballade comme on les aime romantique avec quelques pointes de Blues. Bien que le dédoublement soit souvent utilisé par les Jazzmen il est toujours très plaisant comme c’est le cas à 3’21. Le vibraphoniste écrit une magnifique composition « The Cry » où les motifs de vibraphone sont ponctués par les mises en place de la rythmique. L’esthétique Hard Bop se mélange bien à la frénésie Be-Bop que le morceau prend. Le quartet présente ensuite un trois temps tout en douceur duquel la dimension onirique se diffuse. Après quelques écoutes de « Death and Taxes » la pédale au piano et à la contrebasse rappelle le décor modal de « My Favorite Things », version John Coltrane. Le phrasé est très empreint de Blues les débits sont précis et le son croustille. « Eveline » est une très belle ballade au cours de laquelle les balais soyeux crépitent. Pour finir la session, Walt Dickerson toujours dans un swing enjoué exposé un thème Be-Bop mais assez cool du point de vue du tempo. Accompagné de musiciens raffinés le premier album en leader de ce vibraphoniste originaire de Philadelphie est un trésor. Austin Crowe au piano, Bob Lewis à la contrebasse et Andrew Cyrille entourent ce Jazzman grandiose.

INFO TRISTESSE/ DESMOND TUTU

Le Pasteur Desmond Tutu qui a tant œuvré en Afrique du Sud par son combat contre l’apartheid, s’est éteint aujourd’hui à l’âge de 90 ans. Le trompettiste Miles Davis lui avait consacré un morceau sur son album de 1986. « Tutu » écrit par Marcus Miller, devient un standard du Jazz électrique de la seconde moitié des années 80. Le trompettiste le jouera jusqu’à la fin de sa vie sur toutes les scènes où il se rendra. Le thème est introduit par des notes de trompette improvisées avant que Marcus ne slappe sa ligne de basse en pentatoniques. Je vous propose d’écouter une version extraite de l’album « Live Around The World » de 1989. Les notes de trompette traduisent l’espérance la conviction et la force qu’incarnait ce grand Monsieur dans sa lutte contre le racisme, lui s’était vu décerner le prix Nobel de la paix en 1984. Desmond Tutu est un héros qui a livré toute sa vie un combat que de nombreux musiciens de Jazz ont porté à travers leurs œuvres. Nous pensons à Miles mais aussi à des artistes comme Charles Mingus, John Coltrane ou Max Roach.

NOËL NOËL NOËL

Chers amis, JazzInfos vous souhaite un Joyeux Noël à toutes et à tous. Malgré la rigueur hivernale, les grands vocalistes du Jazz vous réchaufferont par leurs tendres interprétations des chansons de Noël. La voix chaleureuse de Louis Armstrong sur un morceau comme « White Christmas », le timbre plus doux de Frank Sinatra sur « Let It Snow », la voix suave de Nat King Cole sur « The Christmas Song » ou les élans swing d’Ella Fitzgerald sur « Jingle Bells », autant de grands artistes pour vous accompagner en ce jour de fête. Jamais on ne se lassera d’entendre ces magnifiques voix faire swinguer ces mélodies intemporelles! Bon week-end à tous les amis du Jazz!

ACTU CONCERTS/ SUR PARIS

À l’approche de Noël quels sont les concerts auxquels vous pouvez assister. Sur Paris voici quelques petites informations. Au New Morning ce soir, l’accordéoniste Richard Galliano reprendra un compositeur cher à son cœur Astor Piazzolla. Ce soir toujours, deux complices de longue date qui jouent au Baiser Sale. Le contrebassiste Michel Zenino et Mario Canonge Mario Canonge Michel Zenino vont enflammer le petit club de la rue des Lombards de leur Jazz Hard Bop lumineux dynamique et plein d’espoir, qu’on peut écouter sur leur album « Quint’Up ». Au Sunside ce soir, la chanteuse Brésilienne Agathe Iracema sera accompagnée de l’iconoclaste batteur Léon Parker capable de jouer un concert avec simplement une cymbale. Lui qui va chercher des rythmes variés aime dialoguer avec de nombreux artistes dont cette jeune chanteuse à la voix douce et délicate qui tisse un univers poétique. Toujours ce soir 22 décembre et demain, la grande formation The Amazing Keystone Big Band » investira » la petite scène du Duc des Lombards. Avec des arrangements sophistiqués et de jeunes solistes de grande qualité, cette machine à swing prestigieuse vous fera bien swinguer. Enfin, si vous voulez swinguer pour le réveillon et le jour de Noël, allez écouter la chanteuse Sharón Clark au Sunside. Cette chanteuse remporta en 2007 la « Billie Holiday Vocal Compétition ». Lorsqu’elle swingue cette chanteuse est vraiment dans son élément, d’autant plus qu’on entend des influences de Sarah Vaughan et d’Ella Fitzgerald. Elle interprétera les grands standards et le répertoire de Nat King Cole le jour de Noël. Cette Jazz Woman sera accompagnée par Franck Amsallem Franck Amsallem Music, Nicola Sabato et Philippe Maniez à la batterie.

NOUVEAUTÉ ALBUM/ ROY HARGROVE MULGREW MILLER/ IN HARMONY

Cet enregistrement regroupe les rencontres entre le trompettiste et le pianiste en janvier 2006 et en Novembre 2007. Une rencontre au sommet pour une Jam Session de haute volée, autour de quelques standards aux styles variés, entre Blues ballades et morceaux aux rythmes latins. Roy Hargrove a sur ce disque un son à l’ancienne un discours bien bluesy mélangé à des envolées Be-Bop. Respectueux de la tradition, lui et Mulgrew Miller rendent hommage aux grands compositeurs et solistes tels Blue Mitchell, Dizzy Gillespie et Monk. Ils reprennent également des morceaux plus classiques. L’album débute d’ailleurs par une chanson signée Cole Porter « What is This Thing Called Love ». Les phrases aérées de Roy avec ce son classique sont un régal. Mulgrew Miller ponctue ses phrases limpides et puissantes par des accords plaqués avec force. « This is Always » donne l’occasion au trompettiste de montrer qu’il interprète avec classe les morceaux doux et apaisants. Il s’illustre à nouveau sur une composition de Benny Golson « I Remember Clifford ». Avec cette trompette pure, on ressent la nostalgie. Les phrases de Mulgrew Miller sont nuancées Tantôt en légèreté tantôt appuyées, elles traduisent la tristesse. Vient ensuite la Bossa Nova et la reprise de « Triste », composé par Antonio Carlos Jobim. Après quelques trémolos de piano, le son suave de trompette sert très bien la mélodie sensuelle. Les respirations alternant avec les flots de notes nous emportent. Les deux musiciens sont également en symbiose totale en swinguant, tels des seigneurs sur « Invitation ». Le thème est exposé avec élégance. Il faut dire que ce morceau résume une grande partie des harmonies que l’on trouve dans le Jazz. Les flots de notes que dégage la trompette sur ces walkin bass de piano sont un grand moment. Le pianiste impressionne par l’assise rythmique et par sa technique flamboyante. Le thème de Dizzy « Con Alma » fait régner chaleur et convivialité. Les échappées de la trompette y sont pour beaucoup. Le son de velours de Roy Hargrove accentue le romantisme sur « Never Let Me Go ». Les notes se posent avec douceur. Sur « Just in Time », les notes de trompette rebondissent sur les voicings et basses du piano. Le rythme Mambo de « Funji Mama » signé Blue Mitchell est bien souligné par le pianiste. La fluidité des notes est lumineuse. Le trompettiste et le pianiste célèbrent Thelonious Monk en reprenant « Monk’s Dream ». Mulgrew Miller enflamme l’ambiance avec des phrases blues dont Roy Hargrove garde l’esprit pour son solo. Quelle élégance musicale sur « Ruby My Dear ». « Blues For Mr Hill » est un retour aux sources. Les deux musiciens ont le Blues dans les veines. Le turnaround de fin joué par le piano est savoureux. Enfin sur « O.W », les deux solistes impressionnent par leur assise rythmique. Ces rencontres immortalisées sur ce disque publié chez Résonance Records nous rappellent la grandeur de ces deux musiciens. En plus de la classe naturelle qu’ils dégageaient, ces deux artistes disparus brutalement résument cent ans de Jazz au fil de ce double album.

SUR LA ROUTE DU JAZZ/ LA FUNK S’Y INVITE AUSSI

Les fêtes arrivent à grands pas, Noël est l’occasion de se rassembler. Dans cette ambiance de convivialité, je vous propose un petit tour du côté de la Funk et le groupe Tower of Power. Originaires de Californie, les musiciens se situent en phase totale avec le répertoire de la Motown grande maison de production d’artistes de Soul. Vous allez groover sous le sapin. Si on écoute « What is Hip », extrait de leur album de 1973 intitulé du nom du groupe, vous entendrez ces notes de basse en croches qui vous entraînent des les premières secondes. La guitare rugit des le début. Les vamps de cuivres tout en syncopes jouent des harmonies Jazzy Bluesy sur ce rythme entraînant. Le groupe enchaîne par une ballade intitulée « Clever Girl », dont les éclats de cuivres enrobent cette jolie mélodie Soul. Le titre « This Time It’Real » laisse dégager la bonne humeur et la chaleur. À travers les différentes compositions du groupe on entend les arrangements précis de chaque instrument. Chacun est à sa place et intervient au bon moment. La cocotte de « Get Yo’ Feet Back on The Ground » est croustillante. Sur « So very Hard To Go », les arrangements justes saupoudrent la mélodie aux accents romantiques. Quelques accents Folk en compagnie du morceau « Both Sorry Over Nothin » qui fait penser à Otis Redding. « Clean Slate » les syncopes la voix évoquent plus Marvin Gaye. La Funk est présente avec une basse électrique bien lourde. Sur l’album « Bump City », la variation du rythme est un régal, tantôt en binaire tantôt en ternaire comme on peut l’ entendre sur « What Happened To The World That Day ». Le groupe joue et chante le bonheur. « Flash in The Pan » est un morceau qui swingue. Un morceau comme « Gone » est assez Folk au début. La trompette se pose avec finesse. Sur d’autres albums, vous pourrez vous régaler à danser sur « Only So Much Oil in The Ground ». L’orgue Hammond est légère les cuivres très Funky dans l’esprit de James Brown. Le groupe est composé de musiciens de haut niveau. La section rythmique fut d’ailleurs très prisée par de nombreux artistes. En compagnie de ce groupe, vous entendrez le Blues, la Soul, le Funk le Swing du Jazz Un magnifique coffret existe réunissant cinq albums dont nous venons de parler de trois d’entre eux.

REEDITION ALBUM/ ERIC LE LANN/ NIGHTBIRD

Le trompettiste Français ressort un album qu’il enregistra en 1983. Eric Le Lann collabora avec de nombreux musiciens Américains, comme sur son disque « New York » de 1989 en compagnie de Mike Stern Eddie Gomez, aux accents Jazz Rock, mais aussi le magnifique disque en quartet en compagnie de Dave Kikosky, Al Foster et Douglas Wess. Le morceau d’ouverture de ce disque indique l’approche Jazz électrique qui influenca de nombreux musiciens. « Aube Session » est une plongée dans le Jazz Rock qu’initia Miles Davis au début des années 70. L’énergie, la reverb, la sonorité tout est y est. Le plan Bluesy en pentatoniques sert de tremplin pour partir sur des chemins harmoniques mystérieux. Eric Le Lann montre son affection pour le Hard Bop dès la seconde plage « Girland », au cours de laquelle la rythmique joue en tempo up. La contrebasse de Cesarius Alvim a une belle enveloppe sonore, André Ceccarelli a un drive puissant. Olivier Hutman place à merveille les accords sur le thème. Son impro est celle d’un pianiste au langage Be-Bop, avec des phrases ciselées bien articulées. Enfin, le trompettiste déroule des phrases dans le même esprit, dans lequel le feeling et l’assise rythmique sont irréprochables. Le quartet swingue de folie. Le titre « Night Bird » part d’une très jolie mélodie que les musiciens déclinent sur le plan rythmique. D’abord sur un swing medium, la batterie et la contrebasse entraînent les solistes sur un rythme binaire ternaire. La trompette feutrée introduit le morceau « Rodéo in Kumasi ». Olivier Hutman a des sonorités magnifiques aux claviers. La aussi, le rythme d’abord binaire devient swing par la suite. Le trompettiste rend hommage aux trésors du Jazz en interprétant deux standards. Après avoir exposé la mélodie « My Foolish Heart » le souffle de la trompette prend toute sa dimension pendant le solo, en mêlant émotion et densité des débits de notes. Cesarius Alvim nous emmène par sa grande justesse et l’histoire qu’il raconte avec la contrebasse. Sur « There Is No Greater Love », vous entendrez André Ceccarelli groover en jouant à la Jimmy Cobb. Olivier Hutman s’illustre encore avec ses ponctuations de voicings et ses phrases très bien articulées. En écoutant ce premier album d’Eric Le Lann, vous comprendrez l’envergure de ce musicien âgé seulement de vingt cinq ans lors de l’enregistrement. On entend dès ce premier disque une grande maturité et une personnalité musicale!