SUR LA ROUTE DU JAZZ/ LE JAZZ ROCK/ JEAN LUC PONTY

Pour commencer cette année avec pêche et dynamisme, je choisis un album du violoniste Français Jean Luc Ponty, l’une des grandes figures de cet instrument avec Didier Lockwood. Si ce dernier a joué avec Magma et a réalisé quelques projets autour de la Fusion, le premier est resté dans le Jazz électrique depuis les années 70. Étant virtuose et maitrisant le Be-Bop, il fut l’un des premiers à transformer le son du violon en utilisant des pédales d’effets. À ses débuts, il bœufe dans les clubs Parisiens, joue des standards en compagnie des musiciens comme Eddy Louiss et Daniel Humair. Ils publieront d’ailleurs un magnifique disque enregistré au Caméléon, club de la capitale, qu’ils fréquentaient si souvent. On parle de son disque « Aurora » sorti en 1976, un mélange de virtuosité et de mélodies sensibles aux harmonies le plus souvent modales. Entouré de techniciens comme le guitariste Dan Stuermer, le bassiste Tom Fowler et la claviériste Patrice Rushen Patrice Rushen – Singer, le disque commence par un titre absolument renversant. Le tempo rapide sur un rythme binaire relevé laisse entendre la vélocité du guitariste et du violoniste. De suite nous sommes plongés dans un univers aux sons saturés avec le morceau « Is Once Enough ». Le guitariste enchaîne les notes avec une grande limpidité qui nous emporte de suite. Le morceau « Renaissance » est un hymne d’espoir. La suite d’accords, Mi mineur Sol majeur La majeur Si en toute simplicité, laisse place à un thème aux plans bluesy. Les nappes de clavier sur « Aurora Part I » expriment la fragilité, pendant que le violon expose une mélodie emplie de mélancolie. Sur la seconde partie, l’ambiance groove funky laisse profiler un toute autre horizon. Le violon s’envole à toute vitesse à partir d’une tourne rythmique très cool. Le guitariste dans le même esprit fait rugir sa six cordes avec des phrases en legato mêlant gammes majeures et penta. Le groupe maintient la flamme sonore de cette musique parfois angoissante, comme on peut l’entendre sur « Passenger In The Dark ». La guitare se déchaîne sur une tourne assez sombre de la rythmique. L’introduction de « Lost Forest » très émouvante enchaîne avec deux très beaux accords. Le clavier et le violon puisent dans le Blues. Jean Luc Ponty groove à merveille, d’autant que les nappes de clavier, la ligne de basse et les cocottes de guitare bâtissent un climat mélancolique et soul sur « Between You And Me ». Sur cette suite d’accords, les notes au violon nous font voyager. Jean Luc Ponty magicien de cet instrument à cordes est une figure importante du Jazz des années 70. Cet album résume bien les trajectoires artistiques du violoniste. Si la technique est irréprochable, on y entend aussi de l’émotion et de la sensibilité.

SUR LA ROUTE DU JAZZ/ LE JAZZ ROCK/ DE L’ELECTRICITE DANS L’AIR/ GARY BURTON

Nous traçons la route du Jazz depuis bientôt deux ans en réécoutant des trésors et souvent, nous découvrons des œuvres magnifiques. Tel est le cas de celle de Gary Burton l’un des plus grands vibraphonistes de l’histoire. Il fait chanter comme personne cet instrument à la fois harmonique et percussif. Les envolées magnifiques et sa technique en font l’un des plus grands Jazzmen de la période contemporaine. Déjà, dès son disque « New Vibe Man In Town », on entend un jeune musicien de dix huit ans étonnant sur la reprise qu’il fait de « Joy Spring ». Le langage Be-Bop est maîtrisé à la perfection. Ce n’est pas sur cet album que nous nous arrêtons mais sur « Good Vibes » enregistré en 1970. Le psychédélisme du premier morceau reflète l’époque. « Vibrafinger » est très Jazz Rock. La basse s’installe puis les riffs de guitare saturée ponctuent les salves rugissantes du clavier électrique. Gary Burton reste en retrait pour ce premier morceau, dont on pourrait dire qu’il est très Zeppelinien. « Las Vegas Tango » est un Blues Mineur dans l’esprit. La basse électrique de Steve Swallow avance à pas de velours, la guitare déroule des arpèges au son légèrement overdrive, tandis que le vibraphone sonne comme du cristal. Ambiance pleine de Blues sur « Boston Marathon » au cours duquel la guitare joue des riffs énergiques. Gary Burton prend une trajectoire déjà plus chromatique en solo. Sur le second solo de guitare, les tirés de cordes sont intenses. La composition « Pain in My Heart » installe une ambiance cool. Jouée en 6/8, cette ballade offre une panoplie Blues et Folk. Le Blues plane également sur la composition suivante « Leroy The Magician ». Des cocottes groove de la guitare se dégagent de bonnes ondes. Encore et toujours, les vibrations du Blues se dégagent du dernier titre. La guitare est brute, les voicings de vibraphone lumineux. Avec ce disque, Gary Burton explore lui aussi les connexions que Miles ou Weather Report établissent avec les autres styles. Connu pour son langage sophistiqué, le vibraphoniste éprouvait sans doute le besoin de se rapprocher des racines.

SUR LA ROUTE DU JAZZ/ LE JAZZ ROCK

DE L’ELECTRICITE DANS L’AIR/ JOHN MCLAUGHLIN

Le guitariste britannique fonde au début des années 70, un groupe qui sera majeur pour le Jazz Rock, le Mahavishnu Orchestra. Les sons overdrive la guitare de John Mclaughlin, se marient à merveille, avec le violon et les claviers. Des le début de ce disque, « The Inner Mountain Flame » le magma sonore monte en puissance. Aux arpèges de guitare, se joignent le violon qui déroule un motif assez angoissant. La guitare part dans une improvisation déchaînée telle un ouragan de notes rapides. La synchronisation rythmique de Jerry Goodman au violon et de la guitare est épatante. La vélocité des deux musiciens est impressionnante. Le second morceau « Dawn » est écrit sur une métrique impaire en sept temps. A partir de cette très belle mélodie, la guitare rugit en solo. John Mclaughlin joue beaucoup de notes. La variation des rythmes mérite l’admiration, et qui mieux que Billy Cobham, pour en être le gardien. Avec « The Noonward Race » le dynamisme repart de plus belle. Le violoniste joue avec un effet qui métamorphose le son. La basse de Rick Laird et la batterie maintiennent la tension au sommet. Les moogs de Jan Hammer sont étranges. La guitare frise l’hystérie sonore. Le cinquième morceau est acoustique. Guitare et violon jouent une mélodie calme incitant à la relaxation, et sont accompagnés par des arpèges de piano apaisants. « The Lotus on Irish Streams » est un moment très poétique. Billy Cobham envoie un solo de batterie tel un rouleau compresseur, pour introduire « Vital Transformation ». La guitare et le violon se déchaînent. Après une accalmie de quelques mesures, le solo de guitare au son saturé et gras jaillit. Un motif redondant est exposé par la guitare et le violon. La composition « Dance of the Mayas » est cosmique. Entre noirceur et mystère, le morceau est troublant. A 2’37 vous entendrez la séquence blues, avec ce riff à la Muddy Waters, qui n’a pas vraiment de rapport avec ce qui précède. « You know you know » très bluesy exprime beaucoup de sensibilité et d’émotion. « Awakening » laisse entendre un très grande vélocité. Si le disque impressionne par la précision rythmique et les variations de métriques, il est dommage que le guitariste joue avec une grande rapidité, sans déclamer des phrases mélodiques. Le Mahavishnu est tout de même un monument du Jazz Rock où la fougue et l’énergie sont au centre de la musique.

SUR LA ROUTE DU JAZZ/ LE JAZZ ROCK-DE L’ÉLECTRICITÉ DANS L’AIR

Depuis que nous explorons le Jazz Rock, nous avons présenté ses plus illustres représentants, comme Miles Davis, Weather Report, Herbie Hancock et Chick Corea. D’autres musiciens sont allés sur cette voie. C’est le cas de Billy Cobham batteur à la frappe lourde et puissante, néanmoins très précise. Le batteur a participé à « Bitches Brew » de Miles et au « Mahavishnu Orchestra » de John Mclaughlin. La musique de Billy Cobham est très énergique et le son du groupe, est comme une lame de fond, qui emporte tout sur son chemin. Avec ce disque « Total Eclipse » on est dans une autre dimension musicale. Le morceau d’ouverture commence avec quelques nappes de clavier lunaires. La densité rythmique est impressionnante, à laquelle s’ajoute une ligne de basse angoissante et une guitare au son saturé ravageur. Sur le second mouvement, le piano joue tout seul des motifs dissonants, pour ensuite décliner des arpèges doux et lyriques. A 4’44 ce rythme groove qui évoque la chaleur et le soleil est grandiose. Michael et Randy Brecker et le trombone jouent ses motifs qui sont proches de la Bossa. A 7’29 l’ambiance varie encore, un rythme binaire rapide donne l’élan à Randy Brecker pour un solo Les percussions et la batterie improvisent à deux. Les phrases de John Abercrombie à la fin du morceau, sont d’une énergie incroyable. Ses phrases sont Rock. Le groupe reprendra la partie en intro presque prophétique. « Lunarputians » est un court morceau très funky, au cours duquel le batteur montre toute sa maîtrise des breaks, et des syncopes. « Total Eclipse » commence avec un arpège cristallin des glissés discrets de guitare, et une tourne de batterie au groove léger. La mélodie jouée par les cuivres donne un élan incroyable. Le pianiste déroule un solo au toucher percussif. Le solo de soprano ne dure que quelques mesures mais le son est explosif. Le thème est repris à la fin avec un solo enflammé de guitare électrique. « Bandits » avec son rythme rapide et répétitif met en avant la basse électrique qui a un son de flanger. « Moon Germs » rappelle les musiques de films et séries policières des années 70. Le solo de guitare de Cornell Dupree est psychédélique avec l’effet wah wah. A 2’51 les riffs me font penser à l’esprit « Earth Wind and Fire ». « The moon ain’t made of Green Cheese » est une conversation entre la trompette et le piano, aux allures folk. « Sea of Tranquility » est assez nerveux, le jeu de batterie offensif. Michael Brecker âgé de 25 ans a déjà tout d’un immense musicien. Le clavier fait monter l’ambiance. John Abercrombie joue des phrases aux lignes peu communes, avec un son overdrive un peu crispant. « Last Frontier » commence par près de 4 minutes de solo de batterie qui sont comme un rouleau compresseur. Les accords de piano a la dernière minute sont méditatifs. Ce disque très dynamique illustre toute l’énergie du Jazz Rock de cette époque. La musique de Billy Cobham est un voyage entre Soul et Rock rugissant.

SUR LA ROUTE DU JAZZ/ LE JAZZ ROCK – DE ÉLECTRICITÉ DANS L’AIR

RETURN TO FOREVER/ LIGHT AS FEATHER

Nous parlons depuis quelques semaines, de la métamorphose du Jazz à la fin des années 60, et de l’apparition des instruments électriques. Après Miles Davis, Weather Report, Herbie Hancock, c’est Chick Corea, qui au début des années 70, crée la formation Return To Forever. Le pianiste se tourne vers la fusion mais il n’y a pas de rock comme chez Miles ou Weather Report. Chick Corea est très influencé par la musique Brésilienne et par le Flamenco. Avec la composition « Spain », on entend un extrait du « Concierto de Aranjuez » que le pianiste incorpore a son œuvre. Cette mélodie incontournable est un immense standard. Le titre d’ouverture « You’re everything » commence par une conversation d’un grand calme entre le clavier et la chanteuse, Flora Purim. Le son cristallin du clavier, avec ces alternances entre montées et descentes du volume, sont très reposantes. Vient la samba et un feu d’artifices rythmique enthousiasmant, avec les crépitements de la batterie d’Airto Moreira. « Light as a feather » est d’un dynamisme incroyable. Chick Corea triture les sonorités du Fender Rhodes sur un swing effréné par moments. Joe Farrell a un son puissant et métallique. « Captain Marvel » est une composition au rythme brésilien effréné. « 500 Miles High » est dans la même lignée avec un saxophone ténor explosif. « Matrix » figurait déjà sur « Now he sings now he sobs ». Sur ce blues au tempo rapide, le soprano s’envole. Nous avons déjà évoqué « Spain » une composition qui mêle le flamenco et rythmes brésiliens. La mélodie est un chant d’amour pour la musique espagnole avec un grand lyrisme. Les solos de flûte et de claviers sont des tourbillons de notes intenses. Return to Forever se distingue dès ses deux premiers albums, une autre direction dans la fusion est prise, qui rendra cette formation incontournable.