Trois musiciens, trois silhouettes improbables : Yom, clarinettiste à la barbe de prophète, Théo Ceccaldi, violoniste flamboyant aux allures de rockeur baroque, et Valentin Ceccaldi, contrebassiste et violoncelliste à l’élégance sombre. Leur look détonne autant que leur musique fascine. Ensemble, ils forment une hydre musicale à trois têtes, un trio qui transcende les genres et les époques pour nous offrir un album hors norme : “Le rythme du silence”.
Sorti sur le label Komos, cet opus est un voyage sensoriel et spirituel, une quête de l’absolu où souffle et vibration deviennent matière sonore. Yom, connu pour ses explorations de la musique klezmer, du jazz, du rock et de la musique sacrée, poursuit ici une démarche entamée depuis “Unue” (2009) et “Le silence de l’exode” (2014), et poursuivie notamment par “Célébration” (2021) et “Alone in the Light” (2023). Il y interroge le son comme substance primitive, comme vecteur de méditation et de transcendance.
Dès les premières secondes, la contrebasse de Valentin Ceccaldi bat comme un cœur. Ce battement inaugural installe une atmosphère suspendue, presque sacrée. Puis vient “Procession”, où le jeu en pizzicato évoque un cortège lent, grave, de silhouettes vêtues de noir. Le morceau semble traversé par une tension sourde, une attente, une prière.
La dimension spirituelle est revendiquée dans les titres eux-mêmes : “Sacred Lake”, “Sacred Light”, “A Prayer”, “Angry Prayer”, “Incantation”… Ces pièces ne sont pas des compositions au sens classique, mais des sortes de respirations. Le violon de Théo Ceccaldi alterne entre pincements de cordes précis et coups d’archet frénétiques, instillant une tension presque mystique. Sur “Void”, le vide devient espace sonore, matière à méditation. Le silence n’est jamais absence, mais rythme, pulsation intérieure.
Yom explique avoir entendu l’expression « le rythme du silence » chez un maître soufi. Elle l’a profondément marqué. Il ne s’agit pas de figer le monde, mais d’accepter qu’il continue de vibrer autour de nous, même dans l’immobilité. Cette philosophie irrigue tout l’album, qui refuse les structures fixes, les solos attendus, les mélodies convenues. Ici, le son respire, vit, se transforme.
Le rythme du silence est une œuvre à part, qui demande à l’auditeur de lâcher prise. Si vous acceptez de vous laisser porter, elle vous emmènera aux confins du monde physique, là où l’émotion pure devient langage. C’est une musique de l’intime, de l’invisible, mais aussi une musique de l’instant, de la transe.
Et le public ne s’y trompe pas. Une tournée est annoncée pour fin 2025 et 2026, avec plusieurs dates parisiennes déjà complètes. Ce succès témoigne de la puissance de cette musique authentique, qui touche au cœur et à l’âme. Yom et les frères Ceccaldi ne jouent pas seulement des notes : ils sculptent le silence, ils donnent corps à l’invisible.