Post Jazz

NOUVEAUTE ALBUM/ PIERRE DE BETHMANN/ ESSAIS VOL 6

Cet opus s’inscrit dans le sillage de belles rencontres que le pianiste Pierre de Bethmann, a initiées depuis maintenant une dizaine d’années, avec sa série intitulée “Essais”. Son choix de morceaux entre standards anciens et plus modernes est une alliance originale.
Le disque défile depuis à peine quelques secondes, que je ressens un bien être qui éclot grâce au swing de ces trois grands musiciens, dont l’expressivité et la sensibilité sont le signe des grands. La valse d’ouverture signée Andrew Hill me replonge trente ans avant, quand je découvris ce discours du Jazz, ces phrases faites de notes aux articulations chromatiques. À ma grande surprise “Snake Hip Waltz” n’est pas Free Jazz comme je m’y attendais de la part de ce pianiste Américain. Cette composition, nous emmène vers des couleurs proches de Bud Powell et de Thelonious Monk. Le pianiste et le guitariste Nelson Veras jouent en toute limpidité et inspiration, soutenus derrière par le contrebassiste Sylvain Romano très sobre.
Le trio nous propose ensuite les sonorités de la Bossa avec leur présentation d“Amparo”, composition d’Antonio Carlos Jobim, dont la ligne mélodique imprégnée de classique et de tango exprime la nostalgie.
Au cours de ce thème, on entend des arpèges de piano absolument poignants à la main gauche et des envolées touchantes. Le guitariste joue avec un feeling grandiose. Les harmonies sont un voyage entre Tango, Bossa et me rappellent parfois “How Insensitive”.
Pierre De Bethmann célèbre un autre grand pianiste Français Alain Jean Marie et son thème “Résignation”. Le trio parvient à groover et développer des phrases aérées, qui créent l’espace.
On entend dans ce thème des accords Blues chaleureux. Si le guitariste Brésilien tisse des phrases d’une grande précision, il est toujours dans l’émotion. J’aime les lignes croisées entre piano et guitare avant que les deux instruments ne reviennent sur le thème.
Comme souvent et pour mon plus grand plaisir, le trio reprend trois grands standards traditionnels.
D’abord “Stella By Starlight”, au fil duquel les respirations mettent en relief le jeu de piano orné d’harmoniques à la guitare.
Tout en tendresse, ils interprètent “Pensativa” du pianiste Clare Fischer, grand amoureux des rythmes latins qui font danser les notes.
Quand l’album se conclut par “Along Came Betty” de Benny Golson, j’entends chez Pierre De Bethmann l’influence de Chick Corea, par le son le toucher percussif, mais aussi par cette présentation en solo.
Parmi le répertoire, on note un hommage à l’immense Keith Jarrett et son titre “Semblence”, une séquence d’interaction entre guitare et piano. Chacun se suit puis les deux s’écartent, avant de se rejoindre sur la ligne mélodique.
Des standards aux compositions plus modernes, les trois Jazzmen me touchent sur tous les titres.
“Marcie” de Joni Mitchell, est un thème qui sonne comme un traditionnel de Folk. Le son de la contrebasse est enveloppant les phrases rondes, puissantes comme je les affectionne. Très franc dans l’attaque, Sylvain Romano nous emmène vers un solo mélodieux. Le son du piano est grandiose, l’unisson avec la guitare quasi alchimique.
Les trajectoires de notes novatrices, fusent, les interactions entre les solistes sont nombreuses. J’aime les basses et cette interprétation du thème avec des arpèges bondissants.
Vous l’aurez compris, ce disque est une belle réalisation, fine, raffinée, dont la recherche esthétique est constante, dans la continuation des “Essais” précédents. Tout y est, explorations harmoniques, écoute mutuelle du début jusqu’à la fin, directions harmoniques et mélodiques sans cesse nouvelles.
Ce trio d’une grande musicalité publie cet opus chez Alea.