NOUVEAUTE ALBUM/LOUIS HAYES/ CRISIS

Son nom ne dit peut être pas grand chose à la plupart d’entre vous. Il est un des grands batteurs de l’ère du Jazz Post Bop. Il accompagnera les plus grands artistes de cette époque comme John Coltrane, mais encore Horace Silver et bien d’autres. Ses influences seraient du côté de Philly joe Jones et de ces batteurs nés dans les années 20. Louis Hayes et ses compagnons débutent cet album « Crisis » sur les chapeaux de roue, en reprenant un thème typique de l’esthétique Hard Bop, « Arab Arab », composé par le ténor Américain Joe Farrell. On savoure la frappe minutieuse et très straight du batteur sur ce morceau up-swing. La couleur des accords de piano et leur placement rythmique donnent très vite le ton. On retrouve d’ailleurs chez le saxophoniste Abraham Burton, la sonorité métallique de Joe Farrell, ce grand saxophoniste qui joua dès le milieu des années 60 avec Chick Corea. Quand j’écoute le drive de Louis Hayes cela me fait penser à un autre grand batteur un peu plus jeune comme Joe Chambers. La seconde composition « Roses Poses » signée Bobby Hutcherson est lyrique et mélodieuse comme la plupart des morceaux du vibraphoniste. Sur un rythme binaire, les double voix du vibraphoniste Steve Nelson et du ténor sont envoutantes et aériennes. Elles vous emmèneront en voyage. Le vibraphoniste développe un solo étincelant. Le saxophoniste a des très belles sonorités un peu Coltraniennes. Le pianiste sort des phrases élégantes aux débits rythmiques irréprochables. La chanteuse Camille Thurman Camille Thurman Music est invitée sur le standard « The Masquerade is Over ». Sa voix se prête à merveille sur cette mélodie douce et soyeuse. Le quintet reprend ensuite une composition du trompettiste Lee Morgan, figure incontournable du Hard Bop. « Desert Moonlight » se rattache également au Jazz Modal, une musique où les improvisateurs peuvent explorer un accord pendant plusieurs mesures. Le saxophoniste part sur les chemins du Swing, le vibraphoniste lui succède. Les 8/8 alternances entre vibraphone sax piano et la batterie sont un passage obligé. Quel timbre et grain de voix sur la chanson « Where Are You ». Malgré le fait qu’elle soit un standard, on écoute avec grand plaisir l’enthousiasme de ces grands du Jazz. Camille Thurman scatte pour notre plus grand bonheur. « Creepin Crud » est la seule composition du batteur. Il l’écrit pour son ami le contrebassiste Doug Watkins qui l’avait présenté à Horace Silver. Plus classique dans l’esthétique elle n’en est pas moins attrayante. J’aim les notes des solos qui rebondissent sur ce swing lumineux, porté par la contrebasse et la batterie. La ballade aux accents tristes composée par Steve Nelson, intitulée »Alien Visitation », conduit vers la méditation l’apaisement. L’énergie revient avec la reprise de Crisis thème de l’autre grand trompettiste du Post Bop, à savoir Freddie Hubbard. Entre rythme swing et séquences binaires ce morceau est modal. La première séquence est dans l’esprit du morceau « On Green Dolphin Street » avec une pédale de basse doublée par le piano. Les trajectoires harmoniques semblent contenir de nombreux accents accords de septième sur le pont. Le sax ténor donne à la fin du morceau un côté très Bluesy. Le contrebassiste Dezron Douglas signe une très belle mélodie chaleureuse un thème aéré, sur un tempo médium. Le vibraphone tourbillonne sur son impro. Le son du saxophoniste me fait penser à Jerry Bergonzi, un autre grand ténor connu pour ses explorations harmoniques avancées. David Hazeltine fait swinguer son piano. La clôture de l’album se fait dans l’énergie avec le standard « It’s Only A Paper Moon », écrit par Harold Arlen. Cet album produit publié chez Savant est une ode au Swing et au Jazz Modal, une déclaration d’amour faite par Louis Hayes, au Jazz moderne des années 60 et à celui des standards. « Crisis » est l’une des belles sorties de cette fin d’année 2021.