Avec Olha Maria, Hugo Lippi signe un album qui respire la simplicité élégante et la beauté sans ostentation.
Dès les premières secondes d’écoute, Olha Maria enveloppe l’auditeur d’une douceur rare, comme un instant suspendu hors du temps. C’est un album qui ne cherche pas à impressionner. Il séduit par sa sincérité, sa clarté, sa respiration. C’est une invitation à prendre son temps dans notre monde effréné.
Né à Portsmouth et élevé au Havre, le franco-britannique Hugo Lippi s’impose depuis plusieurs années comme l’un des guitaristes les plus raffinés de la scène jazz française. Héritier de Wes Montgomery ou Jim Hall, il distille un jeu tout en nuances, d’une limpidité remarquable, préférant la vérité du toucher à l’esbroufe technique. Lauréat du prix Django Reinhardt en 2019, il signe avec Olha Maria son deuxième album sous les labels For Musicians Only et Caramba Records, enregistré au mythique Studio CBE à Paris.
Les trois premiers morceaux, issus d’un répertoire de reprises, installent immédiatement une atmosphère paisible et feutrée : Still Crazy After All These Years de Paul Simon, Do It Again de Steely Dan et l’inusable Hymne à l’Amour prennent ici la forme de petites miniatures délicates, portées par une guitare d’une clarté cristalline et un trio complice : Gaël Rakotondrabe au piano, Laurent Vernerey à la contrebasse et Denis Benarrosh à la batterie. Dans cette ambiance feutrée, la trompette du guest Stéphane Belmondo vient se poser avec une élégance infinie—on la retrouve notamment sur Hymne à l’Amour et Little Sunflower—offrant un contrepoint chaleureux et lumineux. Seules exceptions dans cette galerie de relectures : les compositions originales Alley Cats et Spolete, deux pièces plus personnelles, où perce la sensibilité propre du guitariste.
Le quatrième morceau, qui donne son nom à l’album, est une reprise d’Antônio Carlos Jobim. Lippi et Rakotondrabe y offrent un superbe duo, un dialogue mélodique d’une fluidité exemplaire : chaque note semble respirer, flotter, répondre à l’autre avec une délicatesse presque chorégraphiée.
Parmi les moments forts, citons une version très cool, presque décontractée, du standard Little Sunflower de Freddie Hubbard, portée par la trompette caressante de Belmondo. De même, la relecture de Babooshka de Kate Bush surprend par son équilibre : fidèle à la mélodie, mais totalement réinventée dans l’esprit jazz du quartet, entre élégance, groove discret et modernité feutrée. Avec Spolete, l’une de ses deux compositions originales, Lippi nous entraîne vers l’Ombrie italienne. Le morceau respire l’air chaud des collines, les ruelles anciennes, la contemplation.
Olha Maria est un album intemporel, sans artifice, où chaque note semble jouer juste. Un disque qu’on écoute, puis qu’on réécoute—et qui, à chaque fois, donne envie de ralentir et de savourer pleinement le moment présent avec juste ce qu’il faut de nostalgie.