Le contrebassiste Français Clovis Nicolas sort diplômé du Conservatoire de Marseille dans les années 90, puis monte sur Paris. Il accompagne Aldo Romano, les frères Belmondo, puis en 2003 part à New York et rentre à la Juilliard School. Il se retrouve rapidement aux côtés de Brad Meldhau, Branford Marsalis ou Peter Bernstein. Il réalise près de dix albums en leader.
Il vient de publier un disque en trio consacré au Blues très cool, en toute simplicité. Autour de lui le batteur Carl Allen et Larry Goldings qui n’est pas à l’orgue mais derrière le piano pour cette session.
Aucun musicien ne cherche la performance technique mais se laisse porter par le feeling maintenant un disque des plus cools accompagné par le pianiste Larry Goldings et le batteur Carl Allen.
C’est un disque qui fait du bien qui rayonne par l’optimisme qu’il dégage.
En ouverture, le morceau “Old Stack O Lee Blues” joué à un tempo tranquille au swing doux. Le pianiste introduit ce thème par quelques notes avant de présenter le thème. Les balais sont moelleux sur la caisse claire, la contrebasse est discrète et le jeu du piano léger. Les notes de piano naviguent entre plans Blues et phrases Jazzy.
C’est sur ”Twisted Blues” de Wes Montgomery que le contrebassiste prend le premier solo, une improvisation bien articulée, des lignes rondes et fluides.
Le thème comporte des mises en place sur les contretemps qui donne comme sensation que les notes sautillent.
Le batteur part alors sur la cymbale lorsque le piano arrive et développe des lignes typiques du Hard Bop. Entre 1’58 et 2’02 j’ai l’impression que le pianiste s’envole. Sans utiliser trop de technique, il s’envole sur certaines phrases.
Le pianiste imbibé de Blues parvient toujours à aller saisir des notes qu’on ne soupçonne pas.
Le batteur Carl Allen prend un solo sur le morceau “Hutch”, montre une grande maîtrise du volume et une sobriété du jeu.
Dans ces variations autour du Blues, le contrebassiste a choisi un chef d’oeuvre signé Carla Bley intitulé “Lawns”. Le jeu aux balais et la contrebasse d’une grande discrétion, mettent en lumière un pianiste inspiré qui émeut à chaque note.
On savoure toujours les balais sur “The 5:30 PM Dive Bar Rendez Vous” et le style du pianiste minimaliste qui n’a jamais l’intention de saturer son jeu.
Surprenant le titre “Ramblin” où l’improvisation collective est au centre.
La batterie est plus nerveuse le piano cherche les dissonances.
Cet album est un retour à la tradition, un retour aux sources qui montre l’importance de l’héritage. Le morceau “Blues In Blue Print”, la première partie est jouée à l’unisson par la contrebasse et le piano.
Larry Goldings aborde avec minimalisme l’aventure de l’improvisation, en ne jouant que quelques notes. En fin de morceau, les notes aigues conversent avec celles de la contrebasse.
Le thème “The Double Nickel” est écrit autour de placements rythmiques précis.
Dans la première partie, on entend une pêche sur le quatrième temps.
Alors que le piano part en solo, Carl Allen varie son jeu à chaque mesures et semble même improviser pendant quelques secondes.
Ce trio joue en toute intimité, chacun a un jeu dépouillé respire laisse des espaces. C’est le cas sur “The Bass Speaks” au cours duquel le piano se couche sur les balais crépitants. À la main gauche, le piano double quelques notes avec la contrebasse.
Les musiciens poursuivent par “Groovy Glody” un thème Soul Jazz digne de Lee Morgan ou des Messengers.
Pour conclure le contrebassiste choisit de finir par un morceau plus proche de la Folk que du Blues. Le piano plaque des accords épris de profondeur puis la contrebasse la rejoint. Enfin, on entend le souffle léger des balais
Le contrebassiste a voulu installer un climat apaisé où les tempos ne sont pas à toute allure. Autour de cette esthétique Blues, cet album n’invente rien mais nous emmène vers les racines du Jazz en toute décontraction, sans virtuosité.
Un enregistrement très sympa pour ceux qui veulent comprendre le cheminement de cette musique.