Post Jazz

NOUVEAUTÉ ALBUM/ CECIL L. RECCHIA SINGS DJANGO REINHARDT

Il faut faire preuve d’audace et d’originalité, pour revisiter Django Reinhardt sur le plan vocal. C’est ce qu’accomplit la chanteuse Cécil L.Recchia qui apporte une interprétation très personnelle en modernisant les lignes mélodiques ainsi que leurs harmonies.
Comment interpréter Django sans guitare? Cela me rappelle un disque de Don Sebesky, un hommage exceptionnel à Bill Evans sans piano.
L’opus qui nous intéresse s’ouvre par une conversation tendre entre la vocaliste et son pianiste Noé Huchard. On sent la fragilité que retranscrit la voix sur cette douce mélodie intitulée “Anouman”.
Je suis conquis par les arrangements célèbrant le swing et les solos, notamment celui du jeune pianiste sur “Mabel”.
Le grain de voix est lumineux, les initiatives intéressantes, comme l’ouverture a capella de “Are You In The Mood”.
La vocaliste scatte avec décontraction, la rythmique de David Grébil et de Raphaël Dever est dans le même état d’esprit.
Sur “Vette”, le jeu du batteur est d’une grande précision rythmique, ses toms s’enflamment. La voix crée des espaces, tandis que le piano s’immisce avec nuances, avant de partir dans une improvisation emplie de sobriété.
C’est le choix des notes et des nuances qui prime dans cet album.
Le swing règne en maître, les musiciens carburent à un tempo élevé pour laisser la trompette s’envoler au cours de “Swing 39”.
Entre moments énergiques et moments plus cool, la chanteuse propose un une séquence intimiste au cours de l’”improvisation n 2”.
J’apprécie la pureté de la voix et le groove de la contrebasse sur “Nymphéas”.
Dans un style de brass band, on entend les roulements de la caisse claire sur “Blue Drag”, avant que le batteur et la contrebasse ne libèrent le swing pour le trompettiste Malo Mazurie qui use de la sourdine.
Le quartet reprend le Jazz à haute vitesse avec le morceau “Féérie”. Sur un tempo aux allures de locomotive, porté par la contrebasse et la batterie, Noé Huchard montre toute sa décontraction sur le clavier, par ses solos très fluides.
La chanteuse a écrit les paroles sur ces mélodies de ce véritable génie qui révolutionna le langage du Jazz. C’est une rythmique en toute finesse qui accompagne les motifs de la trompette. J’aime le rythme latin qui alterne avec le ternaire.
J’aime la décontraction collective du groupe, la frappe de la batterie, le toucher du piano et la souplesse de la contrebasse.
Sur “Django’s Dream”, la voix légère danse sur la souplesse de la batterie et de la contrebasse. Le pianiste joue avec beaucoup d’élégance pour son jeune âge.
La chanteuse conclut par le morceau “Nagasaki”, qui loin d’évoquer la désolation exprime l’euphorie. Sur un rythme de Marching Band proche du New Orleans, Malo Mazurie joue dans la tradition, le batteur prend un solo de seize mesures.
J’apprécie beaucoup dans cet opus, les idées novatrices de la chanteuse en matière d’interprétations et d’arrangements, concrétisées par une équipe de musiciens talentueux.
En puisant dans le répertoire de Django, la chanteuse et son groupe se sont lancés dans un travail de métamorphose qui est une réécriture tout à fait surprenante et séduisante.