Biréli Lagrène est un véritable caméléon pouvant aller du Jazz Manouche au Jazz Rock en passant par le Be-Bop en jouant des phrases qui transpercent et laissent sans voix. Il avait à peine douze ans, qu’il maîtrisait déjà le répertoire de Django, puis il faut aussi voir cette façon de jouer à la Benson ou Pat Martino.
Il revient avec un nouveau opus intitulé “Elegant People”, dont les premières secondes me rappellent le Jazz Funk de “Front page” qu’il enregistra en 2000 avec Dominique Di Piazza et Dennis Chambers.
Bireli mélange le binaire avec des séquences de grand swing, si vous écoutez le premier titre donnant le nom au disque. Accompagné d’une rythmique solide composée du batteur Raphael Pannier et du contrebassiste William Brunard, le guitariste laisse la part belle au pianiste Jean Yves Jung qui montre toute son aisance et son sens du swing.
Le terme de caméléon va à merveille au guitariste qui dans “Flair”, joue des cocottes Funky et un solo à la Mike Stern. J’aime beaucoup l’insertion d’un passage de “Giant Steps” un sommet de complexité du Jazz moderne.
Bireli va où il veut, emprunte n’importe quelle trajectoire. Une nouvelle preuve en est avec “King’s Cross”, un Blues imbibé de Soul Jazz, entre nappes enflammées de l’orgue Hammond et des phrases rugissantes de guitare au son overdrive.
Au fil du disque on écoute des climats divers et variés vers lesquels Bireli nous emmène avec une facilité impressionnante. Quelle limpidité et poésie des phrases au cours des morceaux dont les tempos sont lents et quelle délicatesse, dans le jeu de guitare qui introduit “A Time For Love” par quelques accords. Bireli a un feeling hors du commun dans ses envolées rapides enveloppées par les nappes du clavier et le son moelleux de la contrebasse.
L’ambiance est similaire sur “My Foolish Heart”, au cours duquel on savoure les notes du piano d’une grande délicatesse. Grand virtuose Bireli est aussi un musicien d’une grande sensibilité qu’on ressent sur les deux titres évoqués à l’instant.
Pour rester dans cette douceur ambiante, je retiens la “Bossa Anjo de Mim”, sur laquelle on savoure le jeu de la section rythmique contrebasse batterie, effleurer les cordes et les cymbales, ainsi que la retenue et douceur du piano. Vous apprécierez sans aucun doute, les envolées sensuelles du guitariste dont le son a une reverb certaine, qui ne prend pas des chemins complexes, mais essaie de donner à chaque note de l’émotion.
La sensibilité et l’émotion, il la transmet encore au cours de la composition “Hola” une succession d’accords grandioses.
Ce que j’aime chez cet artiste, c’est le panorama stylistique qu’il nous propose entre phrases plus classiques et harmonies plus modernes.
L’introduction de “New Blues” me rappelle comment John Scofield introduit “Rough House” a Les accords du piano s’installent, la batterie monte en température puis la guitare démarre le thème à toute allure.
Ce disque est un voyage parmi les styles, mais il est aussi un hommage à la guitare et les influences dont Bireli est imprégné.
L’équilibre entre le binaire et ternaire de “W 48th Street”, illustre la grande qualité de ces rythmiciens au groove . Piano et guitare ne déploient pas les notes dans une finalité purement technique.
La fin du morceau est une apogée de groove quand Bireli reprend un solo émaillé du jeu en octaves.
Le quartet clôture ce disque par une très jolie mélodie en medium swing. Le guitariste dédouble à souhait et danse sur les notes de contrebasse et la cymbale, le tout enrobé du voile sonore du Fender Rhodes. À la reprise du thème, le chant mêlé aux notes de guitare apporte une certaine légèreté.
Le guitariste livre un opus où chacun joue avec nuances, autant sur les morceaux enflammés que sur les morceaux cool. C’est un album qui va beaucoup plaire aux guitaristes et dont je ne me lasse pas depuis que je l’ai découvert.
C’est une session au cours de laquelle le guitariste montre une fois de plus toute l’étendue de son jeu, allant d’un courant à l’autre tant son imprégnation est puissante.