Post Jazz

NOUVEAUTÉ ALBUM/ BERNARD JEAN/ THIS TIME THE DREAM’S ON ME

C’est en 2009, que je vis pour la première fois sur scène, le vibraphoniste Bernard Jean, aux côtés du pianiste Américain Kirk Lightsey.
Après ce concert donné dans le cadre du Festival des 5 Continents à Marseille, je ne le réécoute qu’en 2022, lors de la sortie de “On Both Sides”, au cours duquel il explore des harmonies mystérieuses, caressant par moments, les rives du Free Jazz.
Voici un nouvel opus consacré cette fois aux standards, intitulé du nom d’un d’entre eux “This Time The Dream’s On Me”.
Parmi les sept morceaux, un original signé du batteur Sangoma Everett “Crossroads”.
Ce Blues Mineur en trois temps, me rappelle l’un de mes standards favoris “Footprints” signé Wayne Shorter.
Ce qui ressort de ce second morceau, est la douceur et la nostalgie.
L’ouverture du disque par “Star Eyes”, un standard oscillant entre binaire et ternaire me conquiert immédiatement. Les nappes de vibraphone et accords de piano qui s’entremêlent, illustrent le degré d’entente mutuelle entre les deux.
Je ressens chez le vibraphoniste, un plaisir de faire swinguer les notes, les phrases articulées à merveille, irradiantes de bonheur et de joie. Technique et émotion, le vibraphoniste réussit l’équilibre à la perfection.
Tout est joué avec les tripes, le feeling des phrases, du son qui fait toute l’élégance de ce musicien et de ses accompagnateurs.
Le pianiste Étienne Deconfin a un jeu limpide, la délicatesse du toucher donne naissance à des phrases incroyables de mélodie.
Les deux principaux solistes ne sont jamais dans l’excès, même lorsque les phrases deviennent intenses sur le plan du débit rythmique.
J’entends des sonorités à la Bobby Hutcherson, une des grandes inspirations de Bernard et parfois même des trajectoires Coltraniennes.
Rien d’étonnant, quand on écoute “415 Central Park West”, signé du saxophoniste Steve Grossman.
L’alternance entre le rythme latin et le swing est typique de la musique de l’immense John Coltrane.
Je suis emporté par les phrases de piano dansant sur une section rythmique, sobre, précise, entre la sonorité de velours du contrebassiste Christophe Lincontang et le drive léger de Sangoma Everett.
Le vibraphoniste dédouble à la perfection varie les climats, entre phrases impulsives et motifs plus cool. Le swing du quartet est doux, léger, jamais exagéré.
À la piste suivante, le vibraphoniste reprend “Mr Sandman”, à la façon dont le jouait le saxophoniste disparu en 2020.
Les notes du thème sont mises en valeur, sous l’impulsion de la walking bass.
Les couleurs qu’atteint le vibraphone sont éblouissantes, tant les phrases sont ciselées et musicales à souhait. Le passage de relais au piano donne l’impression d’une communion, ce que les Jazzmen appellent l’Interplay.
La poésie du piano s’installe sur “Never Let Me Go”, puis arrivent les sanglots des lamelles en métal, tels du cristal.
Chaque note est ressentie, émouvante.
Le pianiste rentre alors sur un rythme qui devient cool swing. Les dédoublements nous emportent là aussi et contrastent avec l’ambiance morceau.
Invitation au swing à la tradition sur “This Time The Dream’s On Me”, en compagnie d’une section rythmique des plus sobres et de solistes, vibraphone et piano qui ensoleillent nos oreilles.
Suave, mesurée dans l’attaque, la contrebasse joue les notes en walkin et avance comme un chat en solo.
On savourera en fin de morceau, le clin d’œil à l’intro d’ “If I Were A Bell” qu’on entend chez Miles Davis par exemple ou chez d’autres.
Le quartet reprend une composition sortant du standard traditionnel, un thème du grand pianiste français Michel Grailler intitulé “Bill’s Heart”. En guise de conclusion de cette session, encore et toujours, l’émotion, le sentiment sont au cœur de l’interprétation et de l’improvisation.
Bernard Jean livre un album introspectif authentique, sans excès de technique, où le retour aux sources prévaut.
Entre thèmes et improvisations, je me délecte du jeu de ces quatre gentlemen.
Un vrai régal.