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IMPRESSIONS CONCERT/ WE WANT MILES BAND/ FESTIVAL DE JAZZ DES CINQ CONTINENTS

Pour les 100 ans de la naissance de Miles Davis, le bassiste Marcus Miller décida de réunir les musiciens présents avec lui, au moment où le trompettiste revient sur le devant de la scène en 1980.
Aux côtés de ce grand maître du slap, était présente hier pour la clôture de l’édition du Festival de Jazz des Cinq Continents, la dream team de l’époque, le saxophoniste Bill Evans, le percussionniste Mino Cinelu et le guitariste Mike Stern.
Trente ans après avoir écouté “We Want Miles” pour la première fois, mon émerveillement reste intact.
Le concert démarre par “Fat Time”, un thème qui ne figure pas sur l’album, mais qu’ils avaient joué lors de la tournée en 1981 et sur le disque de 1980, « The Man With The Horn ».
Le groove est instantané, sans être trop intense, ancré au fond du temps, mais percutant. Le thème est joué par le saxophone et le trompettiste Russel Gunn, dont le son feutré fait penser à Miles.
La frappe du batteur Anwar M. Marshall sur la caisse claire, se rapproche elle aussi du grand Al Foster, disparu l’an dernier, que Miles avait choisi pour son sens du groove inégalé.
La basse est puissante, limpide sur ce rythme binaire ternaire subtil sur lequel, le soprano s’envole en déployant des phrases lumineuses.
À la guitare, le discours est toujours empreint d’une fougue Hendrixienne, où salves Rock et Blues, s’immiscent entre les phrases Jazz.
Le slap et les motifs de basse sont bouillonnants, en totale interaction avec le jeu du batteur.
Autre morceau emblématique de “We Want Miles”, l’arrangement grandiose du standard “My Man’s Gone Now”.
La ligne de basse introduit tranquillement le climat épuré, qui donne la sensation d’espace et d’apaisement, exprimé par la trompette et ses notes Blues. Au soprano, Bill Evans joue des notes hors de l’harmonie, avant de swinguer sur un tempo équivalent à la double croche, par rapport au tempo initial.
Quand arrive le tour de la guitare, la température monte très vite par les voicings si particuliers et les notes rugissantes.
La section basse percussion batterie maintient un groove de haute intensité.
Le groupe ne se limite pas au répertoire de “We Want Miles” mais part explorer deux compositions majeures du Jazz Rock de Miles.
D’abord “In A Silent Way”, au cours duquel la basse fretless et la guitare déclinent des motifs planants. Les musiciens propagent le mystère, l’abstraction comme si le temps était suspendu. À la clarinette basse, Marcus envoûte par sa sonorité crépitante et tisse une ambiance énigmatique et suggestive.
Au cours de ces morceaux, chaque musicien montre son sens de la nuance. Ensemble, ils créent un fonds sonore, un climat, plutôt que partir dans de longues improvisations.
Au cours cet hommage, Marcus Miller a joué deux compositions qu’il avait écrit pour son mentor.
La première “Catembe”, puise dans les racines Africaines, son rythme et sa mélodie, donnant l’impression d’une bande originale de film à suspense. On entend un côté sombre dans ce que joue le soprano et la trompette.
Les musiciens en cette fin de concert nous proposent des séquences ternaires sur “Tutu”.
Si les phrases de Russel Gunn swinguent à fond, Mike Stern lance des notes ravageuses sur un rythme binaire bien groovy.
Un des grands moment de la soirée, fut la version de “Jean Pierre”.
Autour de la ligne de basse que Marcus installe, chacun des sidemen part dans des solos assez courts. Le plus surprenant fut lorsque Mino Cinelu fit chanter sa conga, en jouant les quelques notes de ce thème simplissime, mais très mélodieux.
Si le concert fut trop court, j’ai été ému en voyant ces pointures réunies sur scène, plus de 40 ans après cet album grandiose. Les thèmes ne sont pas complexes harmoniquement, mais les mises en place rythmiques sont de haute volée.Les sidemen de Miles n’ont rien perdu de leur énergie, de leur groove captivant et de leur feeling.