Chez Andy Sheppard, la dimension poétique est largement présente, voire intrinsèquement liée à sa conception esthétique.
Ayant joué avec les plus grands du Jazz, le saxophoniste Anglais se caractérise par sa délicatesse et son sens de la sobriété.
Le trio expose “Elevation”, un thème soyeux, délicat, sublimé par les accords de Rita Marcotulli et les notes de Michel Benita. Le toucher de ces deux instrumentistes est si pur et les notes si souples, que le saxophoniste les effleure naturellement.
L’émotion n’en est que plus belle, quand les trois musiciens interprètent un des chef d’oeuvre de Carla Bley intitulé “Lawns”. Une sensibilité extrême se ressent encore plus au sein de ce trio, quand on pense que le saxophoniste fut aux côtés de cette grande dame du Jazz moderne. J’aime ce climat d’apaisement qui se déploie tout au long du disque.
La musique du trio vient panser des maux des douleurs, comme je le ressens dans le thème “Salt Catchers”, lumineux et optimiste.
La virtuosité n’est pas la question, seule l’esthétique mélodique prime et les harmonies nous réchauffent. Le toucher est en velours, la sensibilité de la pianiste est hors du commun.
Au cours de la composition “Salgado”, le motif joué par la contrebasse et le piano révèle la symbiose.
Écoutez la finesse des accords de piano et la patte de velours du contrebassiste Michel Benita.
Les arpèges sur “Those That Left” traduisent les errances l’espace et la froideur.
Si les thèmes se ressemblent beaucoup ce projet “Salt Catchers” est une célébration du calme de la sérénité.
Cet album quelque peu monotone où la dimension rythmique n’est pas essentielle propose tout de même des moments mélodiques très agréables.
Malgré la linéarité, on apprécie le minimalisme des notes, le langage épuré le dialogue entre les instrumentistes.
Si “Salt Catchers” ne révolutionne rien en matière harmonique ni rythmique, il apaise énormément l’auditeur et suscite chez lui l’imagination.