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NOUVEAUTÉ ALBUM/ ULYSSES OWENS JR AND GENERATION Y/ KIND OF GRUNGE

C’est en 2015, que je découvre le batteur Ulysses Owens Jr aux côtés du jeune prodige Indonésien, Joey Alexander. Dans le premier album du pianiste intitulé “My Favorite Things” qui suscita immédiatement la surprise et l’émerveillement, le batteur et le contrebassiste Larry Grenadier, forment une section rythmique à toute épreuve.
L’album en question s’ouvre effectivement par un des morceaux les plus complexes du Jazz, “Giant Steps”.
À la même période, Ulysses Owens participe au disque du contrebassiste Christian McBride intitulé” Out There”.
Après plusieurs albums en leader, le batteur revient et nous présente un projet audacieux intitulé “Kind Of Grunge”, un hommage à des morceaux des grands groupes de l’époque, comme Nirvana, Alice in Chains, ou Smashing Pumpkins.
Le batteur les adapte en Jazz entre esthétique Hard Bop, Soul Jazz et Latin et fait de ce disque, une oeuvre d’une grande variété rythmique et mélodique.
Autour de Ulysses, des musiciens, techniciens de haut vol, le contrebassiste Thomas Milovac, le pianiste Tyler Bullock, le saxophoniste Benny Bennack III, le trompettiste Langston Hugues II et le guitariste Dan Wilson.
Le batteur montre son attachement au Hard Bop, en ouvrant son opus par un thème Fast Swing, “Touch Me I’m Sick’ À partir d’un motif de contrebasse empruntant à la pentatonique, enrichie de la Blue note, le thème est joué par le duo saxophone et trompette, avant que le swing up ne se déploie et enflamme les solistes.
Après des solos brûlants, les cuivres citent le motif de “Milestones” celui de 1958.
Faire un clin d’oeil au motif de Miles, est une séquence à la fois amusante et révèle l’inventivité et l’originalité.

Place à la musique Cubaine dans le second morceau, “Even Flow” et la référence à “Manteca”. Les musiciens font preuve de souplesse dans le rythme et le toucher à l’image du pianiste.
Ce qui est fascinant dans le disque, ce sont les variations esthétiques au fil du disque entre Soul, Jazz Cubain et même parfois New Orleans, quand on écoute le son des cuivres.
Le groupe poursuit par un arrangement de la chanson du groupe “Alice in Chains” intitulée “Would?”. Le batteur et ses compagnons arrivent à extraire de cet univers si énergique et nerveux, des motifs mélodieux et lyriques.
De Smashing Pumpkins en passant par l’incontournable Nirvana, le batteur est un explorateur qui ne hiérarchise pas entre les styles.
Dans la chanson “Disarmed” les élans des cuivres donnent espoir comme l’ambiance qui s’installe avec la reprise de “Wooden Jesus”, écrite en 1990, par Temple Of The Dog. C’est avec une extrême finesse que les accords de piano cristallins enveloppent la trompette et le saxophone, créant tous deux l’émotion instantanée.
Le batteur a un sens de la nuance impressionnant.
Quand le sextet reprend “Spoonman”, chanson de Soundgarden, on entend la créativité des musiciens en matière d’arrangement, entre innovation harmonique et rythmes basés sur le New Orleans avec les marching bands.
Dans le même climat, dans le même style, cet esprit Blues et Gospel s’entend chez les musiciens au cours du morceau “Interstate Love Song”, écrit par les Stone Temple Pilots.
Le riff de sax et de la trompette sur une métrique en trois temps et un tempo médium se concluent par le motif mélodique de “All Blues”, grand morceau de Miles.
“In Bloom” autre morceau de Kurt Cobain démarre par des accords de guitare joués sur un rythme Bossa Samba.
“Celebrity Skin” s’articule autour d’accords de guitare syncopés, sur un rythme Reggae rapide. De ces pulsations endiablées, l’orgue Hammond bouillante se libère puis arrive un saxophone ténor de la même trempe.
On entend cette envie de repousser les sons.
“Heart Shaped Box” laisse entendre une section rythmique qui avance puissamment, sur laquelle s’érige une mélodie jouée à tour de rôle, par la trompette puis par le saxophone alto.
La fougue des solos est telle, que sur des mesurés entières, la trompette et le saxophone parviennent à dédoubler à haute intensité.
Le dernier morceau du disque est une ode une déclaration d’amour au Blues.
En introduction de “Where Did You Sleep Last Night”, la guitare égrène quelques notes assorties de voicings, puis expose une mélodie
La guitare se déchire sur un rythme en 6/8 enchaîne les tirets de cordes et attire le sax et la trompette.

En réalisant cet album, le batteur montre jusqu’où l’art de la métamorphose peut aller. Si il est difficile de reconnaître les thèmes originaux, le travail d’écriture est immense. En consacrant un hommage à ce style de musique, Ulysses Owens se distingue par son ouverture, sa curiosité et sa volonté d’exploration de dimensions sonores nouvelles.