Franck Tortiller, David Patrois, Norbert Lucarain, autant de grands noms du vibraphone en France. Nous aimons aussi beaucoup Bernard Jean, dont deux albums ont fait l’objet d’articles dans JazzinfosFrance.
Comme on avait découvert Nicholas Thomas en 2021, on parle aujourd’hui d’un jeune musicien armé de ses mailloches lui aussi, Simon Moullier qui réalise son sixième album intitulé “Ceiba”. Souvent poétique, mais aussi percutant par les métriques et les nombreuses mises en place, le jeune artiste a à coeur de mettre en avant la mélodie et la musicalité.
C’est par la composition très originale et surprenante qui donne le nom au disque, que le jeune artiste commence par une composition à la structure insolite, dans une métrique qui me semble être en 7 temps.
Le vibraphone et le piano tels des orfèvres, apportent des respirations et de l’espace à ce thème traduisant la nostalgie et l’espoir. Quelques intervalles de notes sur la seconde partie, me rappellent “Bright Size Life” de Pat Metheny. Entre technique et musicalité, le vibraphoniste atteint l’équilibre. Le relais est pris avec élégance par le pianiste qui lance quelques notes avant de dédoubler par moments.
Le quartet poursuit par “Fuji”, imprégné des rythmes traditionnels Africains.
La frappe de la percussion et la ligne de contrebasse diffusent une énergie qui se rapproche du groove. J’aime l’harmonie sur laquelle le pianiste part en improvisation qui ressemble à un blues mineur. Le vibraphone évolue sur une autre harmonie pendant le solo. En fin de morceau, la percussion fait preuve d’une grande finesse pendant le solo.
On a dans cet album des séquences émouvantes très poétiques mais aussi rythmiques. Le vibraphoniste propose aussi un thème énergique imbibé de Blues intitulé “Iron Giant”.Contrebasse et batterie font preuve de nombreuses nuances.
La caisse claire crépite, le vibraphone propage ses nappes apaisantes et le piano ses accords sobres sur “Lotus Pt 2”. Dans cette composition on entendra un motif à 7 temps qui revient régulièrement.
Si les placements rythmiques sont nombreux dans la musique de Simon Moullier, celui-ci reste toutefois attaché à la mélodie. “Baiao” est une Samba aux accents de nostalgie, jouée par un vibraphone et un piano en totale symbiose. Quel toucher majestueux pour faire éclore des phrases toutes plus mélodieuses les unes que les autres!
Du Brésil on passe à un climat Hard Bop avec “Low Blues”, dont le swing à grande vitesse et les mises en place galvanisent les solistes. Je suis admiratif des flots de notes impressionnants du vibraphone et de ses articulations.
Le piano mêle lui aussi la technique à des trajectoires tout à fait captivantes. Écoutez l’envolée entre 2’20 et 2’23. En fin de morceau, les musiciens partent dans des solos de douze mesures chacun.
Très inspiré, le jeune Simon Moullier nous propose une valse intitulée “Ancient Ones”, exprimant une grande variété d’émotions comme le regret, la tristesse mais aussi l’énergie de la joie. Les variations entre le swing et le le latin sont Coltraniennes. Le vibraphone propage une onde sonore renversante en concluant par une mise en place puissante.La combinaison des subtilités rythmiques et mélodiques est au coeur de l’oeuvre de cet artiste inventif.
En guise d’interlude comme un instant suspendu, les accords de piano apaisent.
Ce disque est très varié en matière de rythmes et de styles. Le vibraphoniste propose du Brésilien du Hard Bop, des ballades avec ce désir de trouver une mélodie qui résonne.
“Voices Of The Wind” témoigne de l’attachement de ce jeune musicien à l’esthétique au minimalisme. Les balais sont soyeux sur la caisse claire, la contrebasse couche quelques notes légères et les ondes du vibraphone se diffusent avec douceur.
Suite à cet instant méditatif, le groupe part sur un tempo hallucinant pour interpréter une composition en hommage au très grand vibraphoniste Bobby Hutcherson, intitulé simplement “Mr Hutcherson”. À partir de ce thème qui s’étire sur un grand nombre de mesures, le pianiste se lance dans des phrases Be-Bop, d’une fluidité en single notes et d’une énergie incroyable en voicings. Le vibraphoniste s’envole instantanément, les phrases fusent, la transe est présente.
Pour finir ce disque qui s’avère être une très belle surprise, la dernière pièce “Apollo” distille un groove léger. Une fois de plus l’émotion arrive, les notes du thème emplies d’optimisme, montrent la complicité entre le vibraphone et le piano. La combinaison entre technique et musicalité se fait à merveille.
Le piano allie très bien les couleurs jazzy avec quelques accents Blues.
“Ceiba” est un projet alliant à merveille le travail rythmique celui des mises en place, parfois des métriques et les mélodies qui ont une densité et une profondeur émotionnelle. En improvisations, la musicalité est également au rendez vous.
Je n’entends pas souvent un artiste parvenant à joindre à ce degré la dimension rythmique et mélodique. Le rythme est toujours au service des mélodies qui truffées de subtilités, atteignent des sommets d’esthétique.
Un album tout simplement magnifique écrit par un artiste grandement inspiré.