SUR LA ROUTE DU JAZZ/ LE JAZZ ROCK – DE ÉLECTRICITÉ DANS L’AIR

RETURN TO FOREVER/ LIGHT AS FEATHER

Nous parlons depuis quelques semaines, de la métamorphose du Jazz à la fin des années 60, et de l’apparition des instruments électriques. Après Miles Davis, Weather Report, Herbie Hancock, c’est Chick Corea, qui au début des années 70, crée la formation Return To Forever. Le pianiste se tourne vers la fusion mais il n’y a pas de rock comme chez Miles ou Weather Report. Chick Corea est très influencé par la musique Brésilienne et par le Flamenco. Avec la composition « Spain », on entend un extrait du « Concierto de Aranjuez » que le pianiste incorpore a son œuvre. Cette mélodie incontournable est un immense standard. Le titre d’ouverture « You’re everything » commence par une conversation d’un grand calme entre le clavier et la chanteuse, Flora Purim. Le son cristallin du clavier, avec ces alternances entre montées et descentes du volume, sont très reposantes. Vient la samba et un feu d’artifices rythmique enthousiasmant, avec les crépitements de la batterie d’Airto Moreira. « Light as a feather » est d’un dynamisme incroyable. Chick Corea triture les sonorités du Fender Rhodes sur un swing effréné par moments. Joe Farrell a un son puissant et métallique. « Captain Marvel » est une composition au rythme brésilien effréné. « 500 Miles High » est dans la même lignée avec un saxophone ténor explosif. « Matrix » figurait déjà sur « Now he sings now he sobs ». Sur ce blues au tempo rapide, le soprano s’envole. Nous avons déjà évoqué « Spain » une composition qui mêle le flamenco et rythmes brésiliens. La mélodie est un chant d’amour pour la musique espagnole avec un grand lyrisme. Les solos de flûte et de claviers sont des tourbillons de notes intenses. Return to Forever se distingue dès ses deux premiers albums, une autre direction dans la fusion est prise, qui rendra cette formation incontournable.

ACTU CONCERT/ PIERRE MARCUS QUARTET

31 Octobre 2020 / MJC Picaud Cannes

Je découvre ce contrebassiste talentueux Pierre Marcus et son album « Following the right way ». Avec une écriture fine et aiguisée, ce musicien signe entre autres, huit compositions originales. Son disque s’ouvre par « Bulgarian Time » un thème basé sur des motifs redondants, sur une métrique impaire. L’entrée du piano est pleine de lyrisme avec des accords magnifiques. Le solo de Baptiste Herbin au soprano est renversant. Par la suite, le contrebassiste rend hommage à un de ses professeurs François Chassagnite dans « Mister Chassagnite », un morceau où la joie domine. La suite de l’enregistrement est raffiné avec « Misthios ». « Follow The Right Way » est joué sur les chapeaux de roue. Le dédoublement du tempo me fait penser à la version d' »Autumn Leaves » de WyntonvMarsalis sur Standard Time. La nostalgie de « Bye Bye Phillou » est émouvante. On entend des accents Monkiens sur « African Brothers ». La composition « Marinonica » est une très belle ballade où la délicatesse de chacun des musiciens rend l’interprétation majestueuse. Parmi les trois reprises, notons la reharmonisatipn intéressante de « Bemsha Swing » de Monk. La formation du contrebassiste sera présente à Cannes, le 31 octobre prochain, dans la salle de spectacles MJC Picaud, pour présenter ces compositions très mélodieuses et rythmiquement captivantes.

https://atoutjazz.com/portfolio/pierre-marcus-4tet/

NOUVEAUTÉ ALBUM/ NIR FELDER

NIR FELDER/ II

A l’écoute des premières secondes de cet album, la sonorité et le style sont tout a fait intrigants. Le premier titre « The Longest Star » est comme une introduction pleine d’apaisement, dans une esthétique proche de celle de Bill Frisell. Les accords de guitare Folk et les notes de guitare électrique ouvrent vers de nouveaux horizons. Le son cristallin de la guitare acoustique, les notes au son saturé de guitare électrique, les basses profondes évoquent l’espace. La sensation est celle de l’apesanteur. Le second morceau très incisif est dans un style Jazz Rock. Le son de guitare est lourd et puissant, l’ambiance est électrique. Le thème est difficile à saisir. Les accords de guitare acoustique à 2’01 sont assez Metheniens dans l’esprit. Le solo de guitare très aérien est joué avec une forte reverb. On retrouve d’ailleurs cet effet sonore chez beaucoup de guitaristes actuels. Le batteur a un jeu tres dynamique et très varié. Sur « Fire in August » le guitariste est toujours dans cet esprit rock avec des powerchords qu’il agrémente de phrases cosmiques. Les accords egrenes sont comme des implosion sonores. Avec seulement deux accords, Nir Felder joue quelques notes, puis respire. Le jeu est subtile aéré. Au fil du morceau la tension monte, quand les accords sont plaqués avec force la batterie l’appuie avec une grosse frappe. Le solo de basse est lui aussi très aéré. Le calme revient a 4’47. La guitare prend un solo avec des phrases très personnelles et vers la fin les flots de notes sont d’une grande rapidité. « Coronation » commence avec une rythmique Folk sur laquelle se posent quelques notes. Après un solo de contrebasse plutôt calme, la guitare prend son envol dans un esprit blues, puis joue une séquence ponctuée d’accords. Au cours de la dernière minute, le guitariste fait pleurer son instrument dans une impro intense, avec de nombreux tirés de cordes. Les notes jouées à la fin sont très émouvantes et évoquent une certaine espérance. « Big Heat » contraste avec le titre précédent par le groove et la pêche qu’il insuffle. Le trio alterne entre tempo calme et tempo plus enflammé. La guitare part en impro, avec des flots de notes limpides, et une précision rythmique hallucinante. Le morceau revient à cette alternance entre groove binaire et rythme ternaire rapide. La batterie à la fin se déchaîne. Les motifs nerveux joués au clavier sur « Big Swim » nous plongent dans un univers inconnu. Le thème joué à la guitare électrique est soutenu par une guitare acoustique au rythme tenace. « War Theory » transcrit bien cette idée du chaos de l’incertitude. Les accords plaqués amènent un climat sombre proche du désespoir. L’arpège rapide symbolise le sursaut. A 2’47 un riff nerveux s’installe et donne à la batterie l’intensité du groove. Le projet du guitariste nous fait rentrer dans un univers sonore hors du commun. Les solos sont d’une énergie incroyable, mêlant passages blues et phrases très jazz avec beaucoup de chromatismes. Ce guitariste est un innovateur sur le plan de la composition et de l’improvisation. Son approche très personnelle surprendra beaucoup d’auditeurs, qui écouteront cet enregistrement avec grand intérêt.

SUR LA ROUTE DU JAZZ/ BEN WEBSTER

BEN WEBSTER/ SOULVILLE

Avec Lester Young et Coleman Hawkins, Ben Webster est un des illustres saxophonistes du swing. L’ album « Soulville » de 1957 est un des plus connus du ténor. Le titre éponyme est un retour aux sources, une ode au blues sur un tempo lent. La rondeur du son de saxophone nous repose, la section rythmique joue tout en douceur. Oscar Peterson a un son de velours et Ray Brown est tel un chat sur ses lignes basse. Le deuxième morceau « Late Date » est un Blues. Ben Webster fait ressentir l’énergie par un son plus rageur. Avec les deux premiers morceaux, on est dans cette ambiance Soul Jazz que l’on peut retrouver chez des jazzmen comme Lou Donaldson et Horace Silver. Le souffle de sax sur « Time on my Hands » est une caresse sonore. La reprise de « Lover come back to me » est sur un swing calme. Oscar Peterson mélange à merveille accents bluesy et motifs de be-bop. Ben Webster reprend un solo et s’aventure vers des phrases dans le style Be-Bop. Entre swing et blues les ballades sont interprétées avec beaucoup d’élégance. Les trois derniers morceaux reviennent à un style plus proche du jazz swing. Le saxophone crépite sur la ballade « Where are you ». Le swing et la tranquillité règnent sur « Makin Whoopee ». La session se termine par une langoureuse version d' »Ill Wind » presque mélancolique. « Soulville » reste un des plus beaux enregistrements des années 50. Il nous fait voyager à travers le Blues la Soul le Be-Bop.

NOUVEAUTÉ ALBUM/ CHARLES TOLLIVER

CHARLES TOLLIVER/ CONNECT

Le trompettiste Américain revient avec un nouvel opus dont l’esthétique est imbibée de Soul et de Blues. Charles Tolliver est un musicien de l’ère Hard Bop. Il commence sa carrière en tant que sideman de Jackie Mclean sur ses albums « It’s time » et « Action » publiés chez Blue Note. Avec « Connect » il revient avec des compositions énergiques, qu’il joue avec des compagnons de qualité, comme Buster Williams à la contrebasse, Lenny White à la batterie, Jesse Davis au saxophone alto et Keith Brown au piano. « Blue Soul » démarre sur une intro de piano offensive qui groove, avec une certaine gravité amplifiée par la grosse caisse, qui accentue tous les temps. Le thème lui est plus cool avec des motifs en pentatoniques et Lenny White qui avec un jeu souple est en arrière du temps. Le pianiste prend le premier solo avec un groove à la Hancock. La fin du solo a des accents blues et le style ressemble à celui de McCoy Tyner avec les accords d’intro qui reviennent. Le sax alto déroule des phrases qui bougent bien. La trompette elle est aérienne avec des déliés légers. La seconde composition « Copasetic » est plus swing. Sur le thème, les mises en place des cuivres avec les interventions de batterie donnent lieu à un beau dialogue. Même si le tempo n’est pas élevé, les musiciens sont en ébullition sur les solos. Le morceau « Emperor March » est écrit à partir de motifs blues. La mélodie cool amène beaucoup de décontraction. Sur un tempo binaire, les accords plaqués donnent du dynamisme aux improvisateurs. Le morceau « Suspicion » commence avec la contrebasse seule qui installe une ambiance mystérieuse. A 1’31, Buster Williams lance une ligne nerveuse sur laquelle se pose la batterie. Le piano joue une boucle avec une sonorité bien métallique. Les motifs joués au saxophone et à la trompette nous tiennent en haleine. L’harmonie est très ouverte, le sax alto est incandescent, la batterie est mise en avant. Charles Tolliver à l’instar d’Eddie Henderson dont nous avions parlé il y a quelques jours, joue un jazz dans la lignée directe de la Soul et du Hard Bop. Si les compositions ne sont pas des thèmes exceptionnels, les improvisations jouées avec feeling amènent beaucoup de dynamisme.

ACTU CONCERT/ GAEL HORELLOU

Le saxophoniste Français a enregistré ce projet intitulé « Identité » en 2017, où il fusionne le Jazz avec les rythmes Maloya issus d’Océanie. Si vous écoutez l’ouverture avec « Grand Brile », le rythme nous entraîne très vite avec la cocotte de guitare et ce motif mélodieux du saxophone alto. Celui-ci nous illumine avec un solo bouillonnant et une sonorité proche de celle de David Sanborn. Sur les autres morceaux, les rythmes sont séduisants, l’orgue est chaleureuse, les solos de saxophone nous transportent par leur intensité. On savourera le standard « Nature Boy » et son ambiance relaxante. Gaël Horellou présentera son œuvre le vendredi 23 octobre au Jazz Fola d’Aix en Provence. Ses mélodies chantantes vous feront vivre un voyage musical avec des rythmes peu communs.

ACTU JAZZ/ BILLIE HOLIDAY

Jamais une voix n’a transmis autant d’émotions que celle de cette immense chanteuse, dont la vie fut traversée par des blessures personnelles, et par une situation politique liée à la ségrégation. En écrivant ces lignes, les chefs d’oeuvre « Strange Fruit » « Don’t explain » et « I’m a fool to want you » résonnent. Le nouveau numéro de Jazz Magazine consacre un article à la sortie du documentaire intitulé « Billie » réalisé à partir d’un travail important de collecte d’archives. Ce film sur cette voix unique est présenté par le mensuel de Jazz une pépite.

https://www.jazzmagazine.com/magazines/jazz-magazine-n731/?fbclid=IwAR0Cfj_SX7y_jHjPz62mKYe3G-2OOQe-gzcZ85In01LVrFBHH9aijUBFZl8#cdsJM