NOUVEAUTÉ ALBUM/DAVID LINX/ BE MY GUEST

Nous avions parlé l’été dernier du chanteur Belge à l’occasion de son duo avec Fay Claassen. David Linx sort un nouveau disque dont l’éclectisme témoigne de son goût pour le risque. En plus de l’éventail des styles qu’il interprète, l’intérêt du projet réside aussi dans la diversité des artistes qu’il invite comme Tigran Hamasyan , Hamilton de Holanda ou Nguyen Le L’introduction en douceur est une récitation assortie d’un filet de voix et de quelques touches de piano. Tout de suite le ton est donné. L’univers est intense subtil. La composition « Hunter » me rappelle l’ambiance du Pat Metheny Group, notamment le morceau « Minuano » sur le disque « Still Life Talking ». Le chanteur incite l’auditeur à l’évasion et à la méditation. La douceur se décline au Brésilien lorsque le chanteur est rejoint par Hamilton de Holanda sur « Pagina de Dor ». Le chanteur Belge est toujours en quête d’originalité comme l’illustre sa reprise de « Close To You » des Carpenters. La flûte de Magic Malik improvise dès le début, tantôt en s’eloignant, tantôt en se rapprochant de la mélodie interprétée avec retenue et délicatesse. Le vocaliste invite le violoncelliste Eric Maria Couturier à déployer ses notes lyriques. Un des grands moments du disque est le titre de Monk « Round Midnight », où l’élégance du chanteur se marie avec le jeu spontané et impressionniste de Tigran Hamasyan. Le voyage musical continue par ses sonorités et ambiances si particulières. La rencontre avec le guitariste Nguyen Le se déroule sur fond d’harmonies novatrices et surprenantes. Autour d’une très jolie grille, le chanteur partage une mélodie simple avec Rani Weatherby. Le chanteur part où il veut, lui qui aime la variété des paysages sonores. Au cours du morceau suivant intitulé « By The Seine », le vibraphoniste Bart Quartier et le chanteur traduisent le doute, la tristesse et la crainte. Audace et folie sur le titre « The Bystander Effect » où les differentes voix s’apposent les unes aux autres sur des rythmes R’n B et Electro. Les sensations d’espace s’invitent avec le titre « I Think It’s going To Rain Today », une mélodie lumineuse empreinte de Folk, appuyée par des arpèges de guitare plein d’espoirs. Si le chanteur aime partir à l’aventure et explorer les harmonies, le guitariste Marc Ducret est lui aussi animé par une curiosité sans limites. Les dissonances volontaires sont harmonieuses. Enfin, en compagnie de l’un des pianistes d’Astor Piazzolla Gustavo Beytelmann, le chanteur déroule une magnifique mélodie alternant nostalgie et joie. Tout au long de ces conversations entretenues avec des amis de longue date, David Linx montre une fois de plus qu’il est un immense vocaliste cherchant sans cesse les surprises.

ACTU JAZZ/ BENOIT MOREAU TRIO/ REVE PARTY

L’autre soir nous avons assisté lors de la nuit du Jazz à plusieurs prestations de qualité de la part des élèves du Conservatoire Pierre Barbizet. Les musiciens dont nous parlons aujourd’hui sont issus du Conservatoire en question. Le guitaristeBenoit Moreau BMT, Benoit Moreau Trio, jazz publie son premier album en compagnie du batteur Raphael Sonntag et du contrebassiste Olivier Pinto Olivier Pinto Septet. Avec ce projet intitulé « Rêve Party », ces trois musiciens très actifs sur la Scène Marseillaise, proposent des sonorités et des harmonies qui sortent de l’ordinaire. Si la musique du guitariste évoque la fragilité par les notes et la sonorité cristalline, l’assise rythmique est solide. La contrebasse subtile se glisse avec une grande finesse entre les arpèges et le jeu léger de la batterie. Si vous voulez participer à la concrétisation du projet cliquez sur le lien.

https://fr.ulule.com/benoit-moreau-trio-reve-party

ACTU CONCERTS/ JAZZ EN RÉGIONS/ NICOLAS FOLMER/ 30 NOVEMBRE 2021

Le trompettiste chef d’orchestre arrangeur NICOLAS FOLMER dont la carrière est foisonnante, passe en concert demain soir à Alby sur Chéran. Ce dernier multiplie les collaborations, avec Bob Mintzer, Michel Legrand Michel Legrand Official ou dans le Paris Jazz Big Band, avec le saxophoniste Pierre Bertrand . Au sein de ce grand ensemble sont présents de nombreux solistes de renom. L’album « The Big Live » donne à entendre des arrangements dynamiques et précis sur des rythmes entraînants. L’écriture et le style me font penser à celle du Big Band de Jaco Pastorius et à l’ONJ de Laurent Cugny. En plus de ses qualités d’arrangeur, Nicolas Folmer est un grand technicien de l’instrument. En compagnie de Bob Mintzer, le trompettiste réalise « Off The Beaten Tracks Vol 1 » et nous impressionne par les phrases et le groove. Enfin, son album en hommage à Miles Davis « So Miles », propose une relecture intéressante des morceaux du maître truffée de sonorités électriques. Sur « What’s Happen », le rythme binaire effréné accentue l’incandescence des flots de notes du saxophone et de la trompette. Nicolas Folmer sera demain sur la scène de l’espace culturel et sportif du Pays d’Alby, pour partager ses sonorités renversantes et arrangements brillants!

https://www.bandsintown.com/a/11644877-le-jazzophone

NOUVEAUTÉ ALBUM/ LADY GAGA TONY BENNETT/ LOVE FOR SALE

Le dernier grand crooner et la chanteuse touche à tout se retrouvent après leur album « Cheek To Cheek ». Cette fois ci ils célèbrent le grand Cole Porter en reprenant douze de ses standards. Après un bref riff de cuivres bien souple, la chanteuse introduit le morceau « It’s De Lovely » sur un tempo cool. La conversation s’établit ensuite sur un tempo medium-up entre les deux artistes. Lady Gaga est à l’aise pour prendre les chemins du Swing, Tony Bennett lui est toujours impérial. Le solo de sax apporte de la chaleur. Le duo enchaîne avec le célèbre « Night and Day » en l’interprétant sur un tempo medium. Ces deux voix lumineuses swinguent encore sur « Love For Sale ». Tony chante les 16 premières mesures en étant juste accompagné de la contrebasse qui le soutient par une walkin moelleuse. Le sax ténor est Parkerien dans les envolées. Après quelques nappes soyeuses, Lady Gaga chante toute seule la très jolie mélodie « Do I Love You ». Tout est de la dentelle les arrangements comme le solo de guitare. Le thème « I’ve Got You Under My Skin » construit sur des séquences harmoniques très répandues en Jazz est très proche de « Night and Day » sur le plan mélodique. La convivialité et le bonheur se dégagent de la mélodie « I Get A Kick Out Of You ». Sur des nappes de cordes sensuelles, Tony Bennett entonne « So In Love » avec chaleur et enthousiasme. Si ce disque n’est pas bouleversant sur le plan musical, le gentleman Tony Bennett montre qu’à 96 ans, le swing est toujours là. Dans cet album, il met en avant Lady Gaga connue pour interpréter habituellement la pop et le rock. Elle s’illustre là en tant que Jazzwoman prenant plaisir à swinguer.

INFO TRISTESSE/ SLIDE HAMPTON (1932-2021)

Nous avions parlé en janvier 2021 de Jay Jay Johnson et des pépites qu’il enregistra sur Blue Note entre 1953 et 1955, sous le nom de « The Eminent Jay Jay Johnson ». Parmi les grands noms du trombone on pourrait citer Curtis Fuller, Graham Moncur, Kai Winding. Le 18 novembre, est mort l’un des grands noms du trombone des années 50 et 60, Slide Hampton. Ce musicien connu aussi pour ses qualités d’arrangeur nous a quittés à l’âge de 89 ans. Il participa à de nombreux enregistrements notamment celui grâce auquel je le découvris, l’album de Joe Henderson « Big Band » de 1996. Avec l’album « Exodus » de 1962, le tromboniste montre qu’il est un grand arrangeur par la précision des motifs et la justesse des différentes voix qu’il agence. Le premier titre qui donne son nom au disque commence par une séquence funèbre et sombre à la suite de laquelle le swing explose. Entre standards et morceaux plus modernes, on entend des bouquets sonores flamboyants. Sur « Star Eyes » les balais crépitent, les arrangements des cuivres expriment l’enthousiasme. « I’ll take Romance » est une valse entraînante à la mélodie flamboyante. Les arrangements de cuivres sur le morceau « Confirmation » écrit par Charlie Parker, rebondissent à merveille sur les flots intenses du thème. Les motifs écrits par le tromboniste impressionnent par leur précision rythmique. Le haut niveau de technique instrumentale et d’orchestration se confirme sur « Moment’s Notice » de John Coltrane. Beaucoup de sensibilité se dégage sur la ballade « I Remember Clifford ». La toile des cuivres est d’une douceur infime. Enfin pour clôturer le disque, Slide Hampton propose un blues de Monk intitulé « Straight No Chaser » qu’il couple avec un autre blues de Charlie Parker, « Au Privave ». Slide Hampton écrivait de la dentelle pour ses musiciens, qu’il aimait mettre en avant. Sobre et discret, il mettra son talent d’arrangeur au service de ses solistes. Un grand orfèvre des notes vient de nous quitter.

NOUVEAUTÉ ALBUM/LIONEL LOUEKE/ CLOSE YOUR EYES

Le guitariste est un instrumentiste subtil, explorant les moindres recoins du rythme et des harmonies. Son jeu en cocottes est en même temps d’une finesse et d’une solidité à toute épreuve. Avec des standards du Jazz Book et d’autres plus modernes, Lionel Loueke montre une fois de plus qu’il est un grand de la guitare. Il étouffe les cordes en palm mute sur « Footprints ». Vous savourerez un vrai délice sur « It Might as Well Be Spring », des notes aux nombreuses nuances, des montées de volume. Le contrebassiste Reuben Rogers pose ses notes avec une grande justesse et une belle implication. Dans cet hommage aux grands compositeurs et solistes du Jazz, Lionel Loueke interprète le sommet de la complexité en reprenant « Countdown », composition de John Coltrane qu’il joue là avec une inventivité hors normes. La Contrebasse et le batteur Eric Harland fusionnent dans ce tourbillon du Up-Swing. « Moon River » est lyrique délicat avec un groove discret. Qui dit hommage aux grands, dit Miles Davis, et la reprise de « Solar » au cours duquel le swing bouillonne. « Body And Soul » est tout simplement grandiose avec des voicings joués en douceur. Les respirations sur « Close Your Eyes » devraient servir de modèle pour tous les apprentis guitaristes. L’interprétation de « Skylark » est lumineuse d’autant que la façon de jouer le rythme binaire est toute en nuances. « We See » est débordant d’énergie et d’enthousiasme. Les walkin’bass sont généreuses. Le jeu collectif est tout en retenue. Tendez bien l’oreille sur « Naima » vous entendrez quelques notes de la mélodie entre les nombreuses métamorphoses harmoniques. Cet album montre une fois de plus l’audace et l’inventivité du guitariste Benninois, son élégance et sa sobriété.

ACTU CONCERTS/

Je vous propose un petit aperçu des concerts qui se déroulent en cette fin de mois de novembre. Le guitariste Nguyen Le passera au Jazz Club de Dunkerque avec son quartet, pour jouer son projet « Streams ». Entouré de Chris Jennings du vibraphoniste Illya Amar et du batteur John Hadfield. Le guitariste mêlera ses influences Hendrixiennes aux couleurs asiatiques chères à son cœur. Les mises en place sont toujours impeccables avec cette musique naviguant aux alentours de différentes contrées sonores. Le psychédélisme des débits rythmiques intenses alterne avec des moments plus en douceur. Deux autres artistes qui comme le guitariste ont signé chez Act, passeront vendredi 26 novembre au Rocher de Palmer à Cenon. Le saxophoniste Emile Parisien et l’accordéoniste Vincent Peirani dont nous avions parlé l’an passé, avec la sortie de leur disque « Abrazo » joueront leurs compositions. Enfin dans le club et restaurant du Solar de Saint Étienne, la chanteuse Célia Kameni connue pour sa collaboration avec l’Amazing Keystone Big Band, sera accompagnée du trio du pianiste Alfio Origlio ,pour revisiter quelques standards Soul et Pop.

NOUVEAUTE ALBUM/LOUIS HAYES/ CRISIS

Son nom ne dit peut être pas grand chose à la plupart d’entre vous. Il est un des grands batteurs de l’ère du Jazz Post Bop. Il accompagnera les plus grands artistes de cette époque comme John Coltrane, mais encore Horace Silver et bien d’autres. Ses influences seraient du côté de Philly joe Jones et de ces batteurs nés dans les années 20. Louis Hayes et ses compagnons débutent cet album « Crisis » sur les chapeaux de roue, en reprenant un thème typique de l’esthétique Hard Bop, « Arab Arab », composé par le ténor Américain Joe Farrell. On savoure la frappe minutieuse et très straight du batteur sur ce morceau up-swing. La couleur des accords de piano et leur placement rythmique donnent très vite le ton. On retrouve d’ailleurs chez le saxophoniste Abraham Burton, la sonorité métallique de Joe Farrell, ce grand saxophoniste qui joua dès le milieu des années 60 avec Chick Corea. Quand j’écoute le drive de Louis Hayes cela me fait penser à un autre grand batteur un peu plus jeune comme Joe Chambers. La seconde composition « Roses Poses » signée Bobby Hutcherson est lyrique et mélodieuse comme la plupart des morceaux du vibraphoniste. Sur un rythme binaire, les double voix du vibraphoniste Steve Nelson et du ténor sont envoutantes et aériennes. Elles vous emmèneront en voyage. Le vibraphoniste développe un solo étincelant. Le saxophoniste a des très belles sonorités un peu Coltraniennes. Le pianiste sort des phrases élégantes aux débits rythmiques irréprochables. La chanteuse Camille Thurman Camille Thurman Music est invitée sur le standard « The Masquerade is Over ». Sa voix se prête à merveille sur cette mélodie douce et soyeuse. Le quintet reprend ensuite une composition du trompettiste Lee Morgan, figure incontournable du Hard Bop. « Desert Moonlight » se rattache également au Jazz Modal, une musique où les improvisateurs peuvent explorer un accord pendant plusieurs mesures. Le saxophoniste part sur les chemins du Swing, le vibraphoniste lui succède. Les 8/8 alternances entre vibraphone sax piano et la batterie sont un passage obligé. Quel timbre et grain de voix sur la chanson « Where Are You ». Malgré le fait qu’elle soit un standard, on écoute avec grand plaisir l’enthousiasme de ces grands du Jazz. Camille Thurman scatte pour notre plus grand bonheur. « Creepin Crud » est la seule composition du batteur. Il l’écrit pour son ami le contrebassiste Doug Watkins qui l’avait présenté à Horace Silver. Plus classique dans l’esthétique elle n’en est pas moins attrayante. J’aim les notes des solos qui rebondissent sur ce swing lumineux, porté par la contrebasse et la batterie. La ballade aux accents tristes composée par Steve Nelson, intitulée »Alien Visitation », conduit vers la méditation l’apaisement. L’énergie revient avec la reprise de Crisis thème de l’autre grand trompettiste du Post Bop, à savoir Freddie Hubbard. Entre rythme swing et séquences binaires ce morceau est modal. La première séquence est dans l’esprit du morceau « On Green Dolphin Street » avec une pédale de basse doublée par le piano. Les trajectoires harmoniques semblent contenir de nombreux accents accords de septième sur le pont. Le sax ténor donne à la fin du morceau un côté très Bluesy. Le contrebassiste Dezron Douglas signe une très belle mélodie chaleureuse un thème aéré, sur un tempo médium. Le vibraphone tourbillonne sur son impro. Le son du saxophoniste me fait penser à Jerry Bergonzi, un autre grand ténor connu pour ses explorations harmoniques avancées. David Hazeltine fait swinguer son piano. La clôture de l’album se fait dans l’énergie avec le standard « It’s Only A Paper Moon », écrit par Harold Arlen. Cet album produit publié chez Savant est une ode au Swing et au Jazz Modal, une déclaration d’amour faite par Louis Hayes, au Jazz moderne des années 60 et à celui des standards. « Crisis » est l’une des belles sorties de cette fin d’année 2021.